Rudyard Kipling

l n'existe pas de type particulier de jardin de curé. Florent Quellier le définit ainsi: l’expression "jardin de curé" désigne un jardin foisonnant, abondamment fleuri, accueillant de vieilles variétés fruitières dont on a oublié le goût et le nom, des arbres conduits en espalier le long d’un mur décrépi, une treille, des légumes anciens, de bonnes herbes potagères et médicinales, des fleurs rustiques et des roses anciennes, au loin quelques marches usées, un banc en pierre émoussée à l’ombre d’un vieil arbre plusieurs fois centenaire, un portillon rouillé et, en fond musical, le bourdonnement des abeilles, proches cousines des mouches à miel d’autrefois… Soit un lieu calme, serein et paisible, un lieu intime sans prétention, hors des passions du monde et des ambitions du temps, le lieu d’une pérennité, d’une continuité et d’une humilité face à la nature. Ce jardin renvoie évidemment à une vision totalement idéalisée et mythifiée de la campagne, à un "âge d’or" d’avant l’industrialisation, l’urbanisation et l’exode rural. Mais qu’en est-il de sa profondeur historique?
Ainsi on y trouvait des légumes pour la table, des fleurs pour l'autel et un banc pour pouvoir se retirer loin des préoccupations ordinaires, méditer ou même accompagner un paroissien en quête de conseils.[...]


Tableau teinté d'anticléricalisme par la présence du dindon devant le curé
en train de priser. Évidemment, l’inégal investissement horticole des prêtres chargés d’âmes et l’hétérogénéité de leurs moyens financiers n’ont pu donner naissance à un type horticole précis mais à un spectre dans un entre-deux social allant du jardin paysan à celui des élites. Néanmoins, à cette diversité paysagère, technique et économique répond un discours remarquablement unanime. Les traités de bienséance ecclésiastique soulignent tous en effet la parfaite adéquation entre le jardinage et l’idéal tridentin du bon prêtre. Dès lors n’est-il pas envisageable que l’expression "jardin de curé" soit un héritage laïcisé non d’un type horticole précis mais d’un discours et d’un comportement ecclésiastiques en partie matérialisés par le jardin du presbytère?
Dans la législation, si la qualité du logement est précisé, qu'il doit être convenable, la présence d'un jardin n'est pas spécifié; en réalité, sa surface sera très variable, allant de 500 à plus de 12 000 m2, la moyenne se trouvant entre 750 et 1500 m2. Certains presbytères contenaient des terrains de production, plantés de vigne et/ou d'arbres fruitiers tels que poiriers, abricotiers, pruniers et des bâtiments agricoles: grange, écurie pour les chevaux, étable, clapier, poulailler, pressoir à cidre en Normandie et en Bretagne et employaient plusieurs domestiques et jardiniers et pour les gros travaux, des journaliers payés à la tâche.

Le jardin n'avait pas un seul but que d'être économique car il permettait au curé avec le travail de la terre de se mettre en accord avec les préoccupations de ses paroissiens mais aussi par son aspect fleuri, soigné et cultivé avec intelligence de faire la différence avec le jardin paysan, de mettre le curé au rang des personnalités de la paroisse. On remarquera que dans ces jardins- hors en Bretagne et Normandie- il n'était pas planté de pommiers mais des poiriers qui était un des caractères des jardins des habitations nobles, le pommier réservé aux gens du commun et pour l'Eglise, le fruit de la faute.
Le presbytère qui se différenciait des habitations communes et son jardin permettaient donc d'afficher une distinction sociale comme la marque de la dignité du prêtre.


u IVe siècle, période où sont fondées les paroisses, certaines par les évêques qui nomment directement le curé, d'autres par les habitants, propriétaires de domaines ou monastère qui nommeront le curé sur proposition d'un candidat d'une assemblée villageoise, seigneur ou supérieur de monastère qui exerce un droit dit de collation.
Au Xe siècle, les monastères établissent des paroisses sous leur dépendance qui sont à l'origine des prieurés.
Les églises sont dotés d'un patrimoine dont les revenus sont destinés à couvrir les frais du culte et à l'entretien du curé; ils sont constitués par les offrandes des fidèles, les cérémonies tarifées, les bénéfices immobiliers et la dîme; celle-ci correspond au dixième des productions ou des revenus.
Le droit de collation deviendra de plus en plus complexe, auquel s'adjoindra la "résignation par faveur" par laquelle un curé pourra transmettre son bénéfice et sa charge à un ecclésiastique de son choix. Ainsi le curé sera désigné sous ce terme malgré sa dénomination officielle qui en sera différente: abbé, prieur, prieur-curé, vicaire, etc.
A la veille de la Révolution, seules les paroisses dépendant de l'évêque ou d'un seigneur laïc ont leur autonomie matérielle si elles n'ont pas été inféodées. Dans les autres, les biens sont restés dans les mains du curé "primitif" et les vicaires nommés par celui-ci reçoivent "la portion congrue" dont le taux est fixé par le roi. A cette période, tous se plaignent, les uns à cause des mauvais payeurs de la dîme, les autres à cause de la hausse des prix.
Dans cette conjoncture, le jardin qui est annexé au prebytère est indispensable; cette tradition est importante pour le bénéficiaire car le jardin lui permet de garnir sa table par des légumes absents des marchés locaux, d'économiser et peut procurer des revenus complémentaires par la vente de ses produits.
A compter de 1760 l'administration royale tentera de s'appuyer sur les curés de village pour promouvoir le progrès agricole. Ainsi, en 1762, l'intendant du Limousin Turgot, adresse à tous les curés de sa généralité une circulaire qui les invite à promouvoir les "découvertes et les nouvelles pratiques". Les curés devront réserver un carré de leurs jardins aux expériences pour l'instruction des paysans et les jardins de curés ont pu être le lieu d'introduction et d'acclimatation de nouvelles variétés légumières et fruitières. Ainsi, le curé Launay expérimenta la culture du trèfle dans son jardin avant de la généraliser sur les terres de sa cure.


Plan du jardin du presbytère de Melay- Maine-et-Loire- en 1791.
a Révolution va bouleverser la vie des paroisses; l'abolition des privilèges supprime la dîme, le casuel et les bénéfices, sources de revenus des prêtres. Lors de la nationalisation des biens du clergé, l'Assemblée nationale décide en contrepartie, l'obligation de l'Etat de leur verser un salaire et de leur assurer un logement. La Constitution civile du clergé prévoit avec les décrets que sera compris un jardin d'au moins demi-arpent mesure du roi, soit environ 25 ares.
Pour réduire les salaires, le nombre de cures est restreint et les presbytères sans curé sont vendus comme biens nationaux; ils persistent cependant s'ils accueillent l'école ou le siège des municipalités nouvellement institués.
Quelquefois, les paroisses se retrouvent avec deux curés, l'un constitutionnel qui reconnaît la nouvelle nation, l'autre, réfractaire, fidèle au pape Pie VI qui condamne cette loi, n'ayant pas été consulté.
L'état appauvri par la guerre civile et celle de la Première Coalition destinée à renverser la République ne peut respecter ses engagements et instaure la séparation de l'Eglise et de l'Etat.
Les municipalités devenues propriétaires des lieux, transforment les presbytères en mairies ou écoles et aussi au gré des situations, de tribunal, d'hospices ou de prisons, ou selon les événements, de logements pour les gardes nationaux ou des armées partant à la défense de la nation.
Quant au jardin, il reste le refuge du curé et est souvent cultivé par le gardien ou l'instituteur; il peut être loué ou acquis par un notable villageois.

e Concordat assurera avec l'accord du nouveau pape Pie VII une nouvelle constitution pour le clergé; une carte des paroisses est établie par l'évêque avec l'accord de l'Etat, en considérant les données politiques, géographiques et démographiques.
Selon les communes, un vicaire ou chapelain, ou un curé est nommé à la tête de la paroisse qui, par coutume, seront tous qualifiés par les fidèles de "curé"; celui-ci reçoit un salaire attribué généralement par l'Etat, plus exceptionnellement en ce qui concerne les chapelles par un établissement public, la "fabrique". Cette dernière ou la commune sont les propriétaires des églises et des presbytères; elles ont obligation de loger les prêtres mais non, celle de fournir un jardin; cependant l'administration encourage les communes à faire les dépenses pour en fournir un à l'occupant du presbytère.
Au premier Empire est crée dans chaque paroisse un domaine presbytérial où en général un jardin est compris. Les presbytères à construire en prévoit de même et les plans types nous montrent des jardins aux allées rectilignes ou le rectangle remplace le carré du Moyen-Age. Ils sont placés généralement à l'arrière de la maison, précédés d'une cour et est un ainsi un lieu préservé pour le curé. Lorsque les presbytères sont sans jardin, son occupant le réclamera afin de le faire vivre ainsi que les vicaires qui, quelquefois, sont adjoints au curé.
Il est en effet, à cette époque, une nécessité matérielle et la gestion des lieux demande un certain nombre de domestiques: une servante mais aussi un jardinier et souvent quelques ouvriers agricoles pour les soins aux chevaux et l'exploitation agricole que constitue une cure villageoise. C'est aussi au XIXe siècle que de nombreux curés se tournent vers l'apiculture comme source de revenus et ainsi améliorent leur quotidien.
Ce jardin servira à de nombreuses activités. Il pourra servir de refuge pour méditer, lire bréviaire et donner les leçons de catéchisme. Quelquefois aussi, il servira de terrain de lutte entre le maire et le prêtre, reflétant ainsi les luttes politiques au sommet du pouvoir. Les conflits seront également nombreux avec l'instituteur ou l'école laïque mais aussi, concernant les droits d'usufruit du curé car la réglementation n'avait rien prévu.
a loi de séparation des Eglises et de l'Etat mettra un terme aux difficultés rencontrées en ne reconnaîssant, ni salariant, ni ne subventionnant les cultes. Les bâtiments sont administrés par des "associations cultuelles" et les prebytères reviennent aux communes qui peuvent en user librement.
L'application de cette loi déclenche un conflit religieux violent entre le gouvernement et l'Eglise car cette dernière craint une spoliation suite à la rédaction d'inventaires des biens paroissiaux. A cette bataille des inventaires, suivra celle des expulsions.
Clémencerau et Aristide Briand laissent les Eglises s'organiser hors de tout cadre réglementé et les associations gèrent les dons et les revenus provenant des fidèles. Dans certaines communes, le curé reste dans son presbytère comme locataire; s'il en est chassé, il loue une maison.
Après la guerre de 1914-1918, les vocations commencent à diminuer et les fidèles n'ont plus les moyens d'être généreux. L'exode rural accentue les difficultés.
Peu à peu, les presbytères seront vendus ou affecter à d'autres fins; ainsi les verra t-on, transformés en recette des impôts, centre culturel ou toutes autres activités nouvelles encouragées par les communes.
partir du XVIIe siècle, plusieurs curés dont l'éducation était supérieure, de par leur formation, à de nombreux citoyens, se sont illustrés dans les sciences naturelles, botanique, arboriculture, apiculture, phytothérapie, etc.
'abbé Jean-Roger Schabol est né à Paris en 1690, fit ses études jusqu’en Sorbonne et s'attacha aux causes jansénistes. Il est nommé supérieur des clercs, préfet des catéchismes et directeur des écoles de la paroisse Saint-Laurent par le Cardinal de Noailles jusqu'à la mort de celui-ci. Il se consacre alors au jardinage sa passion qu'il pratique à Sarcelles dans la maison de campagne de son père. Ses travaux le font connaître et des Puissants font appel à lui pour entretenir leurs jardins et leurs potagers. Le Roi lui accorde un entretien en 1762 et le charge de s’occuper des jardins de son château de Choisy-le-Roi. Ce sera un échec et il sera remercié.
Comparant la plante et l'homme, sa méthode consistait à appliquer certaines techniques médicales, saignées, scarification, pansements, ligatures, bandages, cataplasmes ou autres cautères aux branches et aux arbres malades. Désirant transmettre son savoir, son ouvrage Dictionnaire pour la théorie et la pratique du jardinage et de l’agriculture par principes et démontrées par la physique des végétaux parait à Paris en 1767. Il n'aura pas le temps d'écrire la suite car il meurt le 9 avril 1768. Son ouvrage La Pratique du Jardinage largement remanié par Antoine-Nicolas Dezallier d’Argenville paraîtra en 1770 et La Théorie du Jardinage en 1771.

’abbé Edme Mariotte, né vers 1620 à Dijon, connu comme physicien était aussi un botaniste qui étudia le fonctionnement des végétaux. Il exposa ses idées dans des "Essais sur la végétation des plantes". Il s’intéressa à la circulation de la sève et affirma que les plantes n'avaient pas d'âme.

'abbé François Rozier, également agronome, curé sans vocation, deviendra à Lyon, professeur de botanique et de médecine en 1761. Il y réalise un grand jardin botanique et devient, en 1765, directeur de l’enseignement.
Il fera paraître le Cours complet d'agriculture théorique, pratique, économique, et de médecine rurale et vétérinaire qui restera un modèle pour des publications de dictionnaires par d'autres auteurs du XIXe siècle.


'abbé Nicolas-Jean Boulay, né le 11 juin 1837 à Vagney deviendra professeur de botanique, licencié ès sciences naturelles. Il finira sa vie comme professeur de botanique à l'Université catholique de Lille, docteur ès sciences naturelles. Ses travaux porteront d'abord sur l'étude des Rubus puis sur la distribution des Mousses en France et sur le Terrain houiller du Nord de la France et ses végétaux fossiles.

'abbé Hippolyte Jacques Coste, né près de Balaguier-sur-Rance fit paraître de 1900 à décembre 1906, sa Flore de France où étaient comprises les plantes herborisées par son ami l'abbé Joseph Soulié; elle sera complétée de 1972 à 1990 par Paul Jovet, Roger de Vilmorin et Michel Kerguélen. Cet ouvrage est encore l'ouvrage de référence de nombreux botanistes.
e chanoine Paul-Victor Fournier, botaniste et naturaliste, fera paraître Les quatre Flore de France plusieurs fois éditées et Le livre des Plantes médicinales et vénéneuseqs de France en trois volumes.
'abbé Pierre Frémy, né à Lessay le 13 juillet 1880 fut d'abord professeur de mathématiques puis s'orienta vers les sciences naturelles et la botanique. Dans ce domaine ses études portent principalement sur les algues bleues. Il fut l'une des premières victimes du bombardement de Saint-Lô par les américains en juin 1944.

gronome et encyclopédiste français, Noël Chomel, est l'auteur du "Dictionnaire œconomique, contenant divers moyens d'augmenter son bien, et de conserver sa santé". lire
C'est au séminaire de Saint-Sulpice à Paris, où il fut chargé de gérer les biens de la communauté au château d'Avron près de Vincennes qu'il prendra gout à l'agriculture et qu'il se liera avec Jean-Baptiste de La Quintinie, jardinier de Louis XIV.
L'abbé Chomel sera ensuite envoyé à Lyon comme curé de la paroisse de Saint-Vincent où en 1709 il fera éditer son dictionnaire.

'abbé Louis-René Leberriays ou Le Berriays est né à Brécey dans le Calvados, le 31 mai 1722. Issu d'une famille de cultivateurs propriétaires de leurs terres, il étudie au collège d'Avranches puis la philosophie à celui de Vire; il termine ses études littéraires à quatorze ans et part à Paris chez son grand-oncle, le père Biseault qui lui enseigne la théologie. Peu motivé par la chose ecclésiastique, il se borne à recevoir les premiers ordres.
Après être devenu précepteur, il se tourne vers l'agriculture, le jardinage et l'arboriculture. Il se fera collectionneur de haricots et laissera à sa mort une étude manuscrite qui totalisera 36 variétés à rames et 23 naines accompagnée de 49 planches coloriées. Il obtiendra avec Jean Le Chevalier une variété de poire nommée la Louise-bonne d'Avranches. Pour le Jardin des plantes d'Avranches il rassemblera 800 espèces et près de 2 400 plantes. Collaborateur de Duhamel-Dumonceau, il publira son "Traité des jardins, ou le nouveau de la Quintinye" qui dit-on, servira de modèle à son célèbre "Traité des arbres fruitiers". L'abbé Berriays meurt sur ses terres du Bois-Guérin près d'Avranches où il avait pris sa retraite, le 7 janvier 1807.
olombet, curé de Saint-Denis-sur-Sarthon, fit quelques expériences sur différentes sortes de fumier.[...] (il) rédigea un traité sur "Les pommes de terres et l’usage qu’on peut en faire". Il créa une recette de "pain économique" à base de fécule et de froment et le distribua aux habitants au cours de l’hiver, alors que la récolte de blé avait été mauvaise. La pomme de terre éloignait le spectre de la famine. Le succès fut tel que le curé distribua même gratuitement les semis. Il publia le 24 novembre 1769, le compte rendu de ses expériences dans les Affiches de Normandie et fut imité par d’autres religieux de la région.
[...] En décembre 1766, l’abbé Colombet tenta de remédier personnellement à ce problème sur sa propre paroisse de Saint-Denis-sur-Sarthon....Pour engager les paysans à innover, Colombet remettait chaque année la paille des dîmes qu’il avait perçue, en récompense au meilleur blé. Pour plus d’équité entre les cultivateurs, le 1er prix du blé était divisé en deux catégories, l’une pour les riches et gros fermiers et l’autre pour la masse de petits propriétaires et métayers qui n’ensemençaient pas plus de deux ou trois arpents de terre par an. La même classification fut reprise vers 1770 pour le prix de l’orge.
Le principal obstacle au progrès agricole provenait du manque d’animaux, trop onéreux. Colombet incita donc "les propriétaires, laboureurs et métayers à changer leurs mauvaises espèces de chevaux, et donner plus de soins pour l’éducation des poulains". La dîme des trèfles, sainfoins et luzernes, était entièrement remise pour le plus beau poulain et à quiconque élèverait deux veaux "pour les destiner à la charuë". Colombet, qui avait aussi participé à un important mémoire sur l’élevage des moutons, exemptait aussi de la dîme des laines, le propriétaire du plus beau troupeau. Pour corriger les défauts de la race locale, l’abbé proposa à plusieurs cultivateurs aisés d’acheter des moutons anglais en échange de la remise entière de la dîme des agneaux et de la laine au bout de 6 années.
Quelques temps plus tard, Colombet annonçait au ministre Bertin que les prix avaient "excité la plus grande émulation" dans sa paroisse et sa satisfaction de voir "les terres beaucoup mieux cultivées et bien moins misérables".
Au bout de la deuxième année, Colombet ajouta de nouvelles récompenses, destinées à encourager les habitants les plus pauvres de la paroisse. [...]. Il remettait la dîme du chanvre: ce prix devait permettre à quelques jeunes femmes de disposer d’un petit pécule en vue de leur mariage.
Deux prix d’élevage à la portée des plus pauvres furent spécialement créés. Cent gerbes de menues pailles récompensaient le plus beau cochon et la dîme des oies était remise à celui qui entretiendrait le plus de ruches. Colombet estimait que cette partie méconnue de l’élevage pouvait devenir une ressource non négligeable grâce à la vente du miel et surtout de la cire dans les manufactures de cierges et de bougies.
Le Contrôleur général des finances Terray, "édifié par la conduite de ce curé", lui témoigna son soutien. Mais il fit peu d’émules dans le clergé régional fâché contre la remise de dîmes; pourtant Colombet accroissait ses revenus sur la dîme des blés grâce à l’augmentation de la production. En revanche, son modèle eut plus d’impact ailleurs. [...]
L’œuvre de Colombet à Saint-Denis était avant tout sociale, s’éloignant en partie des théoriciens du progrès agricole qui soutenaient essentiellement les élites rurales. Il créa un établissement de Charité pour aider les pauvres à ensemencer leurs terres et lutter contre les "mauvaises pratiques" responsables de tous les maux des campagnes françaises. [...] Colombet complétait le financement de la caisse avec le produit des quêtes, des aumônes et l’ancien tronc de l’église qu’il avait fait spécialement rétablir.
Les conseils furent écoutés par les laboureurs et Colombet se réjouissait de l’abondance des récoltes qu’il destinait aux pauvres pour l’hiver prochain. L’établissement se portait de mieux en mieux. L’abbé se vantait en 1779, de disposer d’un chirurgien pour visiter les malades et pouvoir leur fournir "les remèdes, le linge, les bouillons, le cidre, le pain, le vin", "le tout aux frais du Bureau". Il tirait "satisfaction de ne voir aucun mendiant dans cette paroisse".
L’éducation des paroissiens était une priorité importante. [...]
Pour remédier à ce problème, Colombet fit venir à ses frais une nouvelle maîtresse d’école pour instruire les filles. Grâce à sa bienveillance, les écoles étaient gratuites. "Pour exciter parmi les enfants l’envie de s’instruire", Colombet remettait en public un livre à ceux qui, l’année de leur première communion, savaient lire. ... Mais tous les projets de l’abbé Colombet ne connurent pas le succès escompté. En 1765, malgré la participation active de la Société d’Alençon, il échoua dans la création d’une école d’agriculture à Saint-Denis, destinée à de jeunes orphelins.
Durant la Révolution, Colombet poursuivit son "Œuvre" en faveur des paysans dans l’indigence et du progrès agricole dans sa paroisse. Le 10 janvier 1791, en tant que procureur de la commune, il présenta une requête de la municipalité de Saint-Denis en faveur de l’installation d’un atelier de charité, dont le financement aurait été assuré grâce à la vente des biens ecclésiastiques.
Cependant d'autres curés ne seront pas favorables à la réduction de la dîme ou intéressés par les questions agricoles, ce qui limitera l'expansion de ces changements utiles à l'amélioration de la vie des paysans d'alors.
La question des rendements et des outils agricoles intéressaient le recteur de Saint-Denoual en Bretagne; il multiplia les expérimentations dans le soucis d'améliorer les terres et les semences, avec la contribution de la société d'agriculture du Mans.
Le curé de Grateloup expérimente dans son jardin les semis de céréales, afin de démontrer à ses paroissiens, que ceux-ci bien établis augmentaient la récolte de froment.
Certainement les plus nombreux, des ecclésiastiques apiculteurs observèrent le monde des abeilles et plusieurs d'entre eux furent les concepteurs de nouvelles ruches tels les abbés Emile Warré, Jean-Baptiste Voirnot, Louis Sagot et Delépine son collègue. D'autres, tels que les abbés Collin, Beau, Boissy, Bouguet, Babaz, David, Delaigues, Duquesnoy, Della-Rocca, Duquesnoys, de la Ferrière, etc... furent chacun, les auteurs d'ouvrages d'apiculture.
e roman d'Henri Cueco "Dialogue avec mon jardinier" raconte les dialogues entre deux personnages du même pays, dont l'un est artiste peintre
, l'autre jardinier. Dans l'un de ces échanges, le second fait une surprise au premier:
- J'ai préparé une surprise!
- Ah!
- Ton jardin de curé. Il est fait.
- Tu l'as fait pendant que nous étions à Paris?
- Pendant que tu n'es pas là je suis le patron ici. Tu en avais parlé de ce jardin. Alors je me suis dit: "Je vais lui en faire la surprise". J'ai commencé par un carré de salade, puis j'ai planté des poireaux, et puis je me suis souvenu que la femme, la tienne, aimait bien les haricots verts... et comme ça, le jardin s'est agrandi... Maintenant il faudrait l'entourer d'un fil de fer...
- Il faudrait aussi y semer des courges, des citrouilles, des pois mange-tout. Y planter des groseilliers.
- Viens voir. Viens voir tes courgettes, ça commence.
- Mais c'est un vrai jardin!
- C'est comme tu m'avais dit.
- Un jardin de curé.
Cet ouvrage fut adapté au cinéma par Jean Becker et sortit en 2007.
Comme l'abbé Warré, ce prêtre préfèrera exploiter ses propriétés, se mariera à l'âge de 60 ans, deviendra père d'un garçon puis d'une fille et enfin écrira en l'an VIII, les "Mémoires" de Jacques-César Ingrand.
Il note qu'à la révolution: Après une multitude de discutions à ce sujet, ils viennent d'être déclarés biens appartenant au service du culte publicq à la disposition de la Nation qui fixe une dotation de 1 200L pour les cures et qu'aucune ne pourra être moindre non compris le logement et le jardin y attenant, il avoit aussi été déclaré qu'aucun ecclésiastique ne pourroit posséder plus d'un bénéfice et qu'aucun ne pourroit avoir plus de 3 000L en bénéfice, que les évêques et les curés étoient les seuls ministres essentiels du culte divin. [...] Les seuls curés à portion congrue de 700L ont peut-être été les seuls qui aient envisagé cette partie de la Révolution de sang froid ainsi que les vrais patriotes.
- Seuil;
- L'art & la manière - La Maison Rustique;
- né en 1733 - Editions les Gorgones;
- Armand Colin
- Actes Sud;