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Le verger de Daphnis et Chloé.
"Vrai est que le verger était une bien belle et plaisante chose et qui tenait fort de la magnificence des rois. Il s'étendait environ demi-quart de lieue en longueur et était un beau site élevé, ayant de largeur cinq cents pas, tel qu'il y paraissait à l'oeil un carré allongé. Toutes sortes d'arbres s'y trouvaient: pommiers, myrtes, mûriers, poiriers comme aussi des grenadiers, des figuiers, des oliviers, en plus d'un lieu de la vigne haute sur les pommiers et les poiriers, où raisin et fruits mûrissaient ensemble, l'arbre et la vigne entre eux semblaient disputer de la fécondité. C'étaient là les plants cultivés, mais il y avait aussi des arbres non portant fruit et croissant d'eux-mêmes, tels que platanes, lauriers, cyprès, pins; et ceux-là, au lieu de vigne, s'étendaient des lierres dont les grappes grosses et déjà noircissantes contrefaisaient le raisin. Les arbres fruitiers étaient au dedans vers le centre du jardin, comme pour être mieux gardés, les stériles aux orées tout à l'entour comme un rempart et tout cela clos et environné d'un petit mur sans ciment. Au demeurant tout y était bien ordonné et distribué, les arbres par pied distant les uns des autres; mais leurs branches par en haut tellement entrelacées que ce qui était de nature semblait exprès artifice. Puis y avait des carreaux de fleurs, dont nature avait produit certaines et l'art de l'homme les autres: les roses, les oeillets, les lis y étaient venus moyennant l'oeuvre de l'homme; les violettes, les narcisses, les marguerites, de la seule nature. Bref, il y avait de l'ombre en été, des fleurs au printemps, des fruits en automne et en tout temps toutes délices..."
Longus- Daphnis et Chloé

Verger cher à mon coeur, séjour de l'innocence,
Honneur des plus beaux jours que le ciel me dispense,
Solitude charmante, Asile de la paix;
Puisse-je, heureux verger, ne vous quitter jamais.
Dans son poème "Les saisons", Jacques Thomson évoque le verger à l'automne:
| Entrons dans le verger; de ses fruits embaumé, Par un esprit vital je me sens ranimé; Là, des rameaux courbés sous le poids qui les presse Que la brise empressée avec amour caresse, Que frappe le soleil, silencieusement Une pluie odorante échappe à tout moment; Sur chaque branche on voit la poire succulente Étaler aux regards sa richesse abondante. La nature savante et qui raffine tout Varia leur famille et nuança leur goût; D'air et d'eau, de soleil et de terre mélange, Ensemble combiné, mais qui sans cesse change. Après leur chute ainsi, pendant les froides nuits, |
A l'époque où l'année élance ses produits En innombrable amas sur le sol qui verdâtre, De ce nouveau tapis prend la couleur rougeâtre ; Dans les pommes pénètre, en leurs pores errant Un fin acide, frais. de l'autre différent. Du cidre la boisson est par là préparée , Et ménage un piquant à la langue altérée. Ce thème fut le tien, ce fut ta grâce aussi, Heureux Phillips, ô toi! qui t'annonças ainsi Le barde de Pomone, et qui, rempli d'audace, Sans souci de la peine, osa sur le Parnasse Le second reproduire en toute liberté La poésie anglaise avec sa majesté. |