e moniage désigne un type de récit satirique où le protagoniste se retire dans un monastère à la fin de sa vie.
Dans cette chanson de geste datant du XIIe siècle, le chevalier errant Guillaume d'Orange se fait ermite et plante un courtil protégé par une épaisse haie d'épineux, d'un fossé et d'une palissade. Il y plante arbres et y sème "plantes à foison": aromates, cives, persil, plantes médicinales: sauge, légumes:, choux et arbres fruitiers: poiriers, pommiers et oliviers et des fleurs: roses, lys et glaïeuls. A la fin, lorsque le héros détruit son ermitage, il arrache toutes ces plantes et les remplace par des ronces, des chardons, des orties et arbustes épineux. Par ce retour à un état originel, l'auteur rappelle que l'ermite, avant de se livrer au jardinage, doit défricher le terrain sur lequel il créera son jardin.
Une étude menée par Ferdinand Lot montrait la similitude entre un passage des Gesta consilium Andegavorum qui conte le siège de Paris par les Saxons en 946, avec l'épisode d'Isoré du Moniage Guillaume. Il nous donne la réponse que Guillaume fait au roi qui l'appelle en aide.
Li quens Guillaumes le maine en son vergier. |
Voit l'Anseÿs, a merveille li vient. |
Le Codex Sancti Jacobi des environs de l'an 1150 ne manque pas de recommander aux pèlerins de Compostelle qui prennent la route de Toulouse d'aller visiter le tombeau du fameux comte Guillaume qui prit Nîmes, Orange et beaucoup d'autres villes, et mena la vie érémitique dans la vallée de Gellone.
oufroi de Poitiers est un roman de la seconde moitié du XIIIe siècle qui s'inspire de la légende de Guillaume VII de Poitiers. Ce héros se déguise en ermite et se fait jardinier, bêche la terre et cultive "herbes et racines".
lors qu'aujourd'hui peu de mots désigne le jardin, il en était autrement au Moyen-Age. Un jardin utilitaire pouvait être nommé "potager" ou planté d'arbres fruitiers; un verger ou un jardin d'agrément restera un jardin à moins que sa surface soit importante et nous dirons "les jardins". Dans les romans médiévaux, nous le saurons qu'en fonction du texte; ainsi le mot "vergier"peut autant désigner un jardin qu'un verger. Nous trouverons plus rarement les mots "hort" et "jard".
a formule "amour courtois" a été formée au XIXe siècle par Gaston Paris, formule difficile à définir puisqu'elle n'existe pas au Moyen-Age; selon Michel Pastoureau, l'expression utlisée par les troubadours était fin'amor intraduisible en français moderne.
Le comte Guillaume IX de Poitiers est considéré comme l'initiateur des œuvres courtoises. Prisonnier durant la croisade en Orient menée par Godefroy de Bouillon, il aurait rapporté en pays d'Oïl, la sensualité des jardins musulmans. Dans les œuvres où le jardin est évoqué, il est toujours un lieu de délices où l'amour est lié à la passion, la sensualité et la concupiscence que les théologiens nommaient cupiditas opposé à l'amour chrétien, désintéressé et à la charité, caritas.
Où la femme est fautive dans la Genèse, elle est dominante dans le jardin courtois: le sentiment amoureux est le moteur de l'intrigue et le chevalier en est l'esclave; ce jardin est celui de la Dame qui est pour l'Eglise, le jardin de Marie: l'hortus conclusus.
Le type de roman courtois est "Le roman de la Rose" mais aussi "Le jardin de plaisance et fleur de rhétorique", anthologie de poèmes courtois réunis par un anonyme nommé "L'infortuné". Cette œuvre fut imprimée avec des caractères gothiques et est restée dans cette édition jusqu'à ce jour.

u jardin d'Eden, lieu de pureté, le jardin courtois devient le reflet inversé de celui-ci. Contrairement à celui des moines, ce jardin se situe du coté corporel et des plaisirs; il y a coïncidence entre l'éclosion de la poésie courtoise et du culte marial et on peut penser que le jardin d'Eden donna lieu à deux courants où les femmes chassées de celui-ci dans l'humiliation purent revenir dans ces nouveaux "paradis" faits à leur gloire: le jardin courtois et le jardin de Marie. C'est à partir de 1220 que l'église adjoint au nom de Marie celui de Notre-Dame.
Par la clôture qui le ceint, le jardin courtois est un lieu fermé, même si quelquefois il est entouré d'une forêt, le jardin n'étant qu'une clairière au milieu de celle-ci. Il est en dehors du monde!
Mathieu de Vendôme codifiera les sept charmes du locus aemonus: clairières, fontaine, ruisseau, prairie d'herbe verte, fleurs blanches, arbres et oiseaux axquels s'ajoutent quelquefois les fruits. Ces éléments se répartissent en fonction des quatre éléments et des cinq sens. Ceci écrit en latin ont été transposés à la poésie courtoise en langue vulgaire: la vue et les fleurs, l'odorat et les parfums, l'ouïe et les chants de oiseaux, le goût et les fruits, le toucher et la douceur de la brise et du gazon.
Une seule porte y donne accès et est perçue comme un lieu de passage obligé, d'initiation. Mais ce lieu fermé est coupé de la réalité et enferme les amoureux dans leur monde voué uniquement aux plaisirs. Dans certains écrits, on peut penser que les murs sont ceux de la jalousie mais aussi un rempart contre les regards et la médisance. La tour y est souvent ajoutée, symbole protecteur mais aussi symbole de l'amour contrarié lorsque la jeune fille est enfermée dans celle-ci sous une contrainte physique ou morale car l'amour courtois est associé à la conquête.
En général, il est carré et on y retrouve l'image du damier ou de l'échiquier; les chevaliers de "La chanson de Roland" jouent aux échecs dans le verger où se tient l'empereur Charlemagne. Quelquefois d'autres jeux sont évoqués comme celui du jeu de l'oie ou du labyrinthe. Dans ces cas il s'agit d'un parcours initiatique, de la quête chevaleresque de l'amour.
L'eau claire et stagnante rejoint le miroir, celle coulant d'une source, la passion. La fontaine a sûrement pour origine les croyances populaires de la fontaine de jouvence qui donne jeunesse, santé et vie éternelle... dans ce monde, contrairement aux promesses de la religion qui sont dans un autre monde.
L'iconographie médiévale fait souvent appel aux tentes, restes des traditions antiques qui apporte la protection et le secret. Dans le roman "Guillaume de Dole", l'auteur décrit une fête où des couples festoient dans une clairière où sont dressées plusieurs tentes.
Dans certains cas, elles représentent aussi la puissance protectrice du roi ou des seigneurs et la force guerrière des armées.
La tente n'est pas le seul lieu où les amoureux peuvent se réfugier, les arbres
et les bosquets sont aussi une seconde protection après les murs et les remparts.
ans "Erec et Enide", roman courtois et de chevalerie de Chrétien de Troyes, Gauvin se rend à Carrant où vit le roi Lac, protégé par soixante chevaliers. L'auteur décrit l'environnemnt de cette cité fortifiée où séjourne le roi.
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De forêts et de prairies, |
de clercs généreux et bien éduqués, |
Après maintes aventures, l'action se continue dans un magnifique jardin dit de la "Joie de cour" sans clôture ni palissade, entouré d'un mur d'air infranchissable et ne possèdant qu'une seule porte ne pouvant être franchie que par l'ami de la dame. Elle est ici symbole de fidélité d'autant plus que quiconque veut manger les fruits mûrs doit le faire dans le jardin car s'il veut les emporter il n'en trouvera la sortie qu'après avoir remis le fruit à sa place.
Dans ses aventures pour retrouver Enide, Erec devra combattre le chevalier Mabonagrain chargé par son amie de garder le jardin pour en interdire l'accès mais qui en est ainsi prisonnier. Erec le vaincra et entrera dans le jardin pour ensuite rejoindre la cour du roi Arthur.
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Autour du verger, il n'y avait ni mur ni palissade, mais de l'air seulement. C'était de l'air qui de toutes parts formait par magie la clôture du jardin, si bien qu'on ne pouvait y pénétrer, sinon en volant par-dessus, comme s'il fût tout clos de fer. Et tout l'été comme tout l'hiver, il y avait là fleurs et fruits mûrs et ces fruits, par quelque sortilège, se laissaient manger sur place: interdiction était faite de les porter au dehors, car qui aurait voulu en emporter un seul jamais n'aurait pu ni revenir à l'entrée ni sortir du verger, |
s'il n'avait pas remis le fruit cueilli à sa place. Et sous le ciel, il n'y a oiseau qui vole et dont le chant plaise à l'homme pour le divertir et le réjouir, que l'on ne pût y entendre, et si trouvait beaucoup de chaque espèce. Et la terre dans toute son étendue, ne produit épice et racine aux vertus curatives qu'on ne puise trouver à foison dans ce verger, tellement on en avait planté. Par une étroite entrée, la masse des gens y a pénétré, le roi Evrain comme tous les autres. |
près être restée plus de quinze mois entiers dans une tour avec Cligès, Fénice souhaite profiter du soleil:
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Cher et doux ami, prendre du bon temps, dans un verger me ferait du bien. [...] Par la porte elle entre dans le verger qui est conforme à ses désirs. Au milieu du verger se trouvait une ente chargée de fleurs et d'un riche feuillage qui s'évasait largement vers le bas. On avait conduit les branches |
de façon qu'elles retombent vers le sol et touchent presque terre, tandis que la cime, au départ des branches, s'élevait en droite ligne. Fénice ne désire d'autre lieu, car sous l'arbre était le pré, plein d'agrément et de beauté: le soleil n'est jamais si chaud quand il est au plus haut, à midi, qu'un de ses rayons y puisse passer. |
ans ce roman de chevalerie, autrement intitulé "Le roman d'Yvain", aucun jardin n'y est présent, seulement une fontaine magique où le héros devra affronter les forces de la nature.
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Près d'ici tu vas tout de suite trouver un sentier qui t'y ménera. Va tout droit et suis-le bien, si tu ne veux pas gaspiller tes pas, car tu pourrais facilement te fourvoyer: il y a bien d'autres chemins. Tu verras la fontaine qui bout, et qui est pourtant plus froide que du marbre. Le plus bel arbre que la Nature ait jamais pu faire lui donne de l'ombre. Il garde son feuillage par tous les temps, car nul hiver ne peut le lui faire perdre. Il y pend un bassin en fer, attaché à une chaine qui est si longue qu'elle va jusqu'à la fontaine. A coté de la fontaine, tu trouveras un perron- tu verras bien de quelle sorte, mais je ne saurais te le décrire, car je n'en ai jamais vu de comparable- et, de l'autre côté, une chapelle |
qui est petite mais très belle. [...] Suivant ces conseils, le chevalier trouve la fontaine:
...il pouvait... être près de midi,quand je vis l'arbre et la chapelle, Quant à l'arbre, je puis vous assurer que c'était le plus beau pin qui est jamais poussé sur terre. ... Je vis pendu à l'arbre le bassin, de l'or le plus fin qui est jamais encor été mis en vente sur quelque foire que ce soit. Croyez-moi, la fontaine bouillait comme de l'eau chaude. Le perron était fait d'une seule émeraude percée comme un tonneau, et dessous il y avait quatre rubis, plus flamboyants et plus vermeils que le soleil au matin quand il paraît à l'Orient. |
crit en 4500 vers environ par Guillaume de Lorris, le "Roman de la rose" ne put être terminé à cause du décès de son auteur et ce n'est que quarante ans plus
tard que Jean de Meung y apporta une seconde partie d'environ 19000 vers, dans des termes plus hardis que le fit son prédécesseur; jardin allégorique, il amenera une querelle avec des ecclésiastiques tels que Jean de Gerson, Pierre d'Ailly et Guillaume de Deguileville. Il sera également attaqué par Christine de Pizan pour sa misogynie et "moralisé" par Jean Molinet.
Bien que ce texte soit en vers, il est quelquefois considéré comme un roman.
e jardin appelé "verger" concentré de nature, est un carré entouré de murs crénelés; la seconde partie évoque un jardin rond, une nature abondante et confronte l'image du paradis à celle du jardin courtois.

Dans le dernier chapitre, Genius, le chapelain de la Nature y donne dans un sermon l'image du paradis chrétien.
le mariage d'Adam et Eve.
Augustinus
Après s'être endormi, l'auteur voit en songe une prairie magnifiques, couverte de fleurs et aux mille chants d'oiseaux, traversée par une rivière d'eau limpide.
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Les oyseaulx qui tant se sont teuz Pour l'iver qu'ils ont tous sentuz Et pour le froit et diverses temps, Sont en may et par le printemps Si joyeulx qu'ils montent en chant; Car leur cueur a de joie tant, Qu'il leur convient chanter par force. Le rossignol adonc s'efforce De chanter et de faire joye; Lors s'esvertuë et resjoye Le papegault et la calendre: Si convient jeunes gens entendre A estre beaulx et amoureulx Pour le temps bel et doulcereux. [...] Hors de ville euz talent d'aller, Pour oyr des oyseaulx les sons, Qui chantoient par les buissons En ladite saison nouvelle; Cousant mes manches à Vindelle |
Alay tout seul en m'esbatant, Et les oysillons escoutant Qui de chanter moult s'engoissoient Par les jardins qui fleurissoient Jolis et gaiz pleins de lyesse, Vers une riviere m'adresse, Que je ouys pres d'illecques bruire; Et ne me sceuz ailleurs déduire, Fors que dessus ceste riviere Qui d'ung tertre près et derriere Descendant l'eau courant à roide, Fresche, bruyant, et aussi froide Comme ou comme fontaine, Si estoit peu moindre que saine, Mais elle estoit plus espanduë Qu'onques mais je ne l'avoye veuë: Celle eaue qui si bien seoit, Si m'embellissoit et seoit, En regardant le lieu paisant De l'eaue belle et reluisant |
Après savoir suivi la rivière, l'amant arrive en vue d'un "vergier".
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Lors m'en allay parmi la prée Tout contre val esbanoyant Ce beau rivage costoyant; Quant je feuz peu avant alé, Si voy ung vergier grand et lé Enclos d'ung haut mur bastillié, Pourtrait dehors et entaillié |
De maintes riches empraintures. Les ymages et les paintures Du mur voulentiers rimeray, Comme maintenant vous diray De ces ymages la semblance, Ainsi que j'en ay remembrance. |
Sur les murs, à l'extérieur, sont peintes les figures de la haine, de la félonie, de la convoitise, de l'avarice, de l'envie, de la tristesse, de la vieillesse, de l'hypocrisie et de la pauvreté qui n'ont aucun droit dans le monde de la courtoisie. La porte y est étroite et presque dérobée et semble ainsi un symbole de l'inaccessibilité du jardin et de la dame.
Ces figures seront pour l'alchimiste "les empeschemens" à la transmutation et Jacques Gohory fera une lecture alchimique de cette oeuvre; d'autre part, il affirmera que "Le livre de la fontaine périlleuse avec la chartre d'amours, autrement intitulé Le songe du verger" de Johannes Trithemius aurait inspiré les deux auteurs du "Le roman de la rose".
Enfin, l'Amant arrive à la porte du jardin que Oyseuse vient lui ouvrir.
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Le maître de ces beaux jardins. De la terre des Sarrazins Il fit jadis venir les plantes En ce verger si florissantes. Quand tous ces arbres furent grands. Ce mur, qu'avez dû voir céans, Alors Déduit fit autour faire. Et par dehors y fit pourtraire Ces peintures et ces tableaux Qui ne sont séduisants ni beaux. Mais pleins de tristesse et misère. Ainsi que l'avez vu naguère. [...] |
[...] Lors j'entrai, sans plus dire un mot, Par l'huis qu'Oyseuse ouvrit tantôt, Dans cette terre enchanteresse. Grande alors fut mon allégresse ; Je crus être, je vous le dis. Dans le terrestre Paradis. Par sa beauté sans plus, du reste, Ce séjour me semblait céleste, Car il n'est point de paradis Au ciel, comme il m'était avis, Où douceurs nous soient réservées Telles qu'ici les ai rêvées. |
L'Amant alors qu'il n'a pas encore visité le jardin se croit arrivé au paradis et veut rencontrer Déduit.
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Oncques n'avait goûté bonheur Si pur qu'on cet instant mon cœur. Et dans une extase infinie Se plongeait mon àme ravie. Oyseuse, alors j'ai reconnu Quel service tu m'as rendu Par cette douce jouissance. Eternelle reconnaissance Je te dois de m'avoir ouvert |
Le guichet du beau verger vert! [...] De voir son maintien, son visage. Lors donc, à droite je m'engage Dans un sentier tout parfumé, De menthe et de fenouil semé. Tout près de là, suivant mon guide, J'entrai dans un réduit splendide Où le beau Déduit se trouvait. |
Puis il rencontre une troupe de danseurs où Liesse mène une carole en l'honneur de Déduit. Courtoisie invite l'Amant à se joindre à eux. Amours, Beauté, Richesse, Largesse, Franchise, Courtoisie et Jeunesse en sont les autres danseurs. Et enfin...
| Je pus de ce verger splendide Visiter les beautés sans guide, Et rêver sous ces beaux mûriers, Ces pins, coudriers et lauriers. [...] Ce verger couvrait un espace Carré dont chaque immense face Formait des angles réguliers. Fors les malfaisantes espèces, Dont il n'y eût une ou deux pièces Au verger, ou plus, s'il advient. C'était pommiers, il m'en souvient. Qui tous portaient pommes grenades, Fruit excellent pour les malades, Et puis noyers à grand' foison Qui fruits portaient en la saison Semblables à des noix muscades Qui ne sont amères ni fades, Entremêlés de beaux dattiers Et de figuiers et d'amandiers; Voire encor mainte bonne épice, Clou de girofle et doux réglisse Pourrait-on, cherchant avec soin, Trouver, s'il en était besoin, Graine de paradis nouvelle, Citoal, anis ou cannelle Et mainte épice complément Choisi du repas d'un gourmand. Puis en ce verger magnifique Croît aussi le fruit domestique, Pèches et coins et cerisiers, Cormes, alises, noisetiers. Châtaignes, noix, pommes et poires, Nèfles, prunes blanches et noires. De tous côtés dans ce jardin Surgit le laurier, le haut pin. Des gros ormes l'épais branchage, Hêtres, charmes au clair feuillage. Et l'olivier et le cyprès Comme on n'en voit guère ici-près. Coudriers droits, trembles et chênes, Erables hauts, sapins et frênes. Que vous irai-je encor notant? D'arbres divers y avait tant. Qu'avant d'en avoir dit le nombre. J'ai peur que ce détail encombre. Sachez aussi qu'avec grand art On avait, et non par hasard. Entre eux ménagé la distance De cinq à six toises, je pense. Mais de leurs verts rameaux l'ampleur, Bravant du soleil la chaleur. L'empêchait au sol de descendre Dessécher l'herbe fine et tendre. Sans que jamais pût son ardeur Percer leur dôme protecteur. suite... |
Partout daims et chevreuils timides Bondissaient, écureuils rapides Escaladaient le tronc des pins, Et tout le jour mille lapins Jaillissaient hors de leur tanières, Et de plus de trente manières Se poursuivaient en tournoyant Parmi le gazon verdoyant. De tous côtés claires fontaines, Sans crapauds ni bètes vilaines, Coulaient sous le feuillage ombreux. Ces ruisseaux étaient si nombreux Que Déduit fit faire une foule De petits tuyaux où s'écoule Par maints canaux l'onde faisant Un murmure doux et plaisant. Entour ces ruisseaux et les rives Des fontaines claires et vives Frais et dru poussait le gazon. Aussi coucher y pourrait-on Sa mie ainsi que sur la coite, Car la terre était douce et moite Par la fontaine, et il venait Tant d'herbe comme il convenait. Mais moult embellissait l'affaire Surtout le beau site dont l'aire Donnait le jour à quantité De fleurs et l'hiver et l'été. Violette y avait trop belle Et pervenche fraîche et nouvelle, Et fleurs vermeilles et fleurs d'or Et d'azur à merveille encor La terre était toute émaillée. Toute peinte et bariolée De fleurs de diverses couleurs Dont moult sont bonnes les odeurs. Je ne vous tiendrai longue fable De ce lieu plaisant, délectable; Car du verger la grande beauté, Les charmes, la fertilité Ne se pourrait recenser guère; Dès à présent je veux m'en taire. .... En un lieu charmant j'arrivai A la fin, et là je trouvai Une fontaine pittoresque A l'ombre d'un pin gigantesque. Depuis Karles, fils de Pépin, Jamais on ne vit si beau pin; Au verger n'était si bel arbre. Là, dans un blanc bassin de marbre Par Nature avec art creusé, Le flot clair était déversé. Sur la pierre, je vis écrites. Au bord amont, lettres petites Qui disaient: Ici, sur ce bord, Jadis le beau Narcisse est mort. |
Le roman se poursuit en nous contant l'aventure de Narcisse qui en se mirant dans l'eau de la fontaine devient amoureux de son image, perdit la raison et mourut pour avoir refuser l'amour d'Echo. Puis après avoir rencontré sa rose il en sera amoureux sous les traits qu'Amour lui décoche.
| Au miroir, entre mille choses. J'élus rosiers chargés de roses Qui se trouvaient en un détour D'une haie enclos tout autour. |
Ils me faisaient si grande envie Qu'on m'eût en vain offert Pavie Ou Paris, pour ne pas aller Le plus gros buisson contempler. |

oème allégorique inspiré du Roman de la Rose et rédigé vers 1400 par Evrard de Conty; "Le livre des Echecs amoureux moralisés" utilise la symbolique des dieux antiques et du jeu d'échecs
pour l'initiation d'un jeune prince; il traite ainsi des arts libéraux, de la conduite de sa vie sociale et amoureuse, "des mœurs et du gouvernement de la vie humaine." Chaque case du plateau porte le nom d'une vertu, d'une qualité ou d'un vice.
L’ouvrage s’achève sur une partie d’échecs symbolique, où les pièces du jeu représentent les protagonistes du Verger de Deduit.

e roman eut un grand succès au Moyen-Age et fut édité en deux versions, l'une aristocratique, l'autre populaire. Il conte l'histoire d'un amour d'enfance contrarié par les parents du jeune homme à qui on fait croire que la jeune fille est décédée alors qu'elle a été vendue à l'étranger. Le jeune homme partira à sa quête qui le conduira dans le jardin du harem d'un émir où il sauvera Blancheflor in extremis en entrant dans la tour de l'émir caché dans un panier de roses rouges.
Le verger des parents de Floire |
Le verger de l'émir |
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Le père de Floire a un verger Où a planté la mandragore Et toutes les herbes et les fleurs Qui sont de diverses couleurs. Les arbrisseaux y sont fleuris Les oiseaux y chantent d'amour. |
Le verger est grand et beau; Il n'est pas au monde de plus précieux, De toutes parts un mur le clôt Tout peint or et azur; Et au dessus de chaque créneau Sont posés des oiseaux variés Coulés et ciselés dans l'airain; Quand il vente, ils poussent de hauts cris Chacun à leur manière. [...] Qui est dedans et respire les odeurs Et les épices et les fleurs Et entend les oiseaux chanter Avec douceur leur chant d'amour. [...] Au milieu jaillit une source Qui est toujours claire et saine. Des dalles carrées forment un canal De bon argent clair comme cristal; Un arbre au dessus planté Plus beau ne vit homme qui soit né; Parce qu'en tout temps il fleurit On l'appelle l'arbre d'amour; Une fleur naît quand l'autre tombe, L'arbre est placé par grand art; L'arbre, la fleur, tout est vermeil. De magie, celui qui le planta Avait grande science car l'artifice, Je pense, était dans sa disposition. Au matin, le soleil le frappe Qui sort de l'orient vermeil, Et avec lui soufflent deux vents Qui modèrent la température, Il est fait de cette magie Qu'en tout temps, il est chargé de fleurs. |
| Le tombeau de Blancheflor | |
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A la tête de ce tombeau Un arbrisseau était planté; Il portait de belles branches Sans cesse garnies de fleurs; Elles sont en tous temps chargées De fleurs vermeilles et blanches. On l'appelait: ébénier Même aiu bûcher il ne brûlerait. Au pied, du côté du soleil, Il y avait un térébinthe vermeil. Sous le ciel il y a si belle chose; Plus bel était que fleur de rose. Du côté droit était un chrêmier Et du gauche, un balsamier; Il y a en ce monde telle odeur Qui vaille celle de leurs fleurs, Car de l'un s'égouttait le chrême Et de l'autre tombait le baume. [...] Toute la tombe était niellée Et d'or d'Arabie, bien illustrée; Les lettres étaient de fin or Et leur lecture disait ceci: "Ci-gît belle Blancheflor Que Floire aima par amour." suite... |
ans quelques balades, Eustache Deschamps se sert du modèle du jardin pour formuler une leçon de morale souvent adressée aux princes.
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Sur lui-même Il a seize ans que je suis ou vergier, Ou tous viennent pour querir leur delis, Et ou j'ay veu pluseurs boire et mangier, Qui estoient lasches et afadis, Prendre deduit, arrachier du doulz lis, Planter ailleurs, et santé recevoir; Mais en ce lieu suis tousjours maladis: Onques n'y poy une flourette avoir. Par tout ce temps ay servi au closier De mon pouvoir, tant que suis envieillis, Sanz riens avoir et sanz prandre loier; D'un po du plant ay esté escondis Du u doulz vergier, ou j'ay veu toudis Mains cueillant fruit sanz fere leur devoir; Et dont vient ce, doulz Dieu de paradis? Onques n'y poy une flourette avoir. Ce m'est trop dur comme g'y voy fauchier A plane faulx les fleurs et les paquis, Et que la sont saoul li estrangier Soudainement, et sur l'erbe languis. Helas! dont vient au closier tel advis? Face qui l'a long temps servi sçavoir; En ce vergier seray lors remeris: Onques n'y poy une flourette avoir. L'ENVOY
Princes, l'en doit cuer loial tenir chierL'en donne a tel qui n'a mestier d'avoir. En ce jardin dont j'ay voulu touchier, Onques n'y poy une flourette avoir. suite... |
Contre la multiplicité des mauvaises herbes. Je voy l'ortie et le chardon, Le jonc marin et la sicue, La cauppe treppe et le tendon, Et toute herbe qui point et tue, Ou qui a tout mal s'esvertue, Que chascun veult prandre et avoir, Planter, lever jusqu'a la nue: Bonne herbe est mise en nonchaloir. Je ne voy rose ne bouton, Lavende, violette drue, Marjolaine, basilicon, Balme ne douce odeur en rue; Le bon plan se détruit et mue: Dont le blanc lis deviendra noir, Par le faulx plan qui tout remue; Bonne herbe est mise en nonchaloir. Dont le beau jardin de renom Duquel l'odeur fut loing sentue Ne portera plus le fruit bon Dont la gent estoit soustenue: La terre sera povre et nue Et tuit on fuiront ce manoir. N'est ce pas grant desconvenue? Bonne herbe est mise en nonchaloir. L'ENVOY
Prince, ostez a vostre venueMauvais plant, s'il veut apparoir; Bonne yert lors vovie tenue; Bonne herbe est mise en nonchaloir. |
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Allégorie contre ceux qui élèvent les ignorants Un jardinier qui un jardin avoit Si grant, si bel, si doulz, si odourant, D'arbres si bons, d'erbes, qu'om ne sçavoit Que de tous fruis et de flours n'y eust plant; Mais li chetis par folie fist tant Que les antes et bons plant arracha, Ronces y mist et de l'yerre y planta Qui aux jardins et flourettes ont nuit, Si qu'en brief temps tout bon arbre y seicha: Qui chetif plant esleve, il se destruit. Et quant li las ainsi son jardin voit, De sa folour, mais a tart, se repent; Les espines chascun jour arreschoit, Mais d'orties et ronces y a tant, Cauppetrapes et l'ierre qui pourprant Qu'a l'essarber sa chevance gasta, Et son jardin puis ne fructifia, suite... |
Ne plant n'y ot qui peust porter bon fruit. Ainsi jardin et jardinier fina: Qui chetif plant eslieve, il se destruit. Tel figure ramener qui voulroit Pourroit assez a moralité grant De maint seignieur, qui ainsi se deçoit Par eslever le chetif nonsaichant Et le planter, esrachier le saichant Et ainsi pert tout ce qui l'onoura; Et au derrain l'un l'autre destruira. Or advisent a ce toutes et tuit, Et pour certain chascuns veoir pourra. Qui chetif plant eslieve, il se destruit. L'ENVOY
Princes, le plant qui bon fruit porteraDe viel estoc, cilz vous proufitera; Du plant villain d'espine qui poindra Ne d'ortie branche ne plantez ja: Qui chetif plant eslieve, il se destruit. |
Qui pourrait nous livrer la véritable identité de Jean de Mandeville? Les pages de Wikipédia en français, anglais et allemand nous livrent des renseignements contradictoires et la présentation de cet auteur par un ouvrage qui lui est consacré, nous apprend que l'on ne peut qu'en percevoir des suppositions. Jusqu'au milieu du XIXe siècle, on se fia à l'épitaphe gravée sur sa tombe jusqu'à ce que l'on découvre que son nom pourrait être le pseudonyme de Jean de Bourgogne. Jean de Mandeville serait décédé le 7 février 1372 à Liège.
Est-il allé en pélerinage en terre sainte en passant par l'Egypte? Peut-être! En Asie, aux Indes et sur les océans? Assurément non! Dans le lieu que je conte ci-après, pas d'avantage!
Là habitait il n'y a pas longtemps un homme, appelé Gathalonabes, très riche et très trompeur. Il avait dans une montagne un très beau château-fort et plus imposant qu'on ne pourrait le dire. Il avait fait entourer la montagne de très hauts murs et, à l'intérieur de ces murs, il y avait le plus beau jardin que l'on puisse voir, avec des arbres portant toutes les sortes de fruits que l'on puisse trouver au monde.

Il avait du planter toutes sortes d'herbes bien odorantes et de plantes portant de belles fleurs. Il y avait encore beaucoup de belles fontaines avec, à côté, de belles salles et de belles chambres toutes avec des peintures d'or et d'azur [...] Et il y avait des oiseaux qui chantaient et tournaient grâce à une machine comme s'ils étaient vivants. Il avait mis en ce jardin toutes les sortes d'oiseaux qu'il avait pu trouver et toutes les bêtes qui procurent plaisir et agrément à regarder. Il avait mis les plus belles demoiselles que l'on pouvait trouver, de l'âge de quinze ans, et les plus beaux jeunes gens du même âge. Il avait fait faire trois fontaines belles et nobles, toutes entourées de pierres de jaspe et de cristal, ornées d'or et de grosses perles. Il avait fait faire des conduits souterrains de sorte que, quand il le voulait, il faisait couler de l'une à l'autre du lait, de l'autre, du vin, et de la troisième, du miel. Il appelait cet endroit, paradis.
On reconnait ici la description des paradis persans et un auteur a montré que Mandeville avait utilisé des éléments se trouvant dans des textes arabes notamment d'Ibn Kallikan parmi les documents et récits de voyage, édités à cette époque.
Jean de Mandeville aurait eu recours aux ouvrages de voyageurs dominicains ou franciscains tels que Guillaume de Boldensele, Guillaume de Tripoli ou bien encore Odoric de Pordenone; mais aussi aux grands classiques de la littérature antique comme Flavius Josèphe, Pline le Jeune et Solinus, Speculum Historiale de Vincent de Beauvais, une encyclopédie reconnue à l'époque et la "légende dorée" de Jacques de Voragine.

Jérôme Münzer qui écrit sous le nom Hieronymus Monetarius dans son Itinerarium est un médecin allemand, né aux alentours de 1450 à Feldkirchen qui s'installe à Nuremberg dont il devient citoyen en 1480. Il y fonde une famille et acquiert une certaine fortune. En 1484, alors que la peste est dans sa ville, il juge plus prudent de s'en éloigner. Ce premier voyage le conduit en Italie et en revient émerveillé, heureux aussi de retrouver sa famille en bonne santé. Il se lie avec les humanistes de la ville tel Hartmann Schedel et Martin Behaim et participe à leurs travaux de géographie dont l'édition de la Liber chronicarum de H. Schedel.
Une decennie après son départ pour l'Italie, et devant la même situation, il reprend son baton de pélerin, accompagné cette fois-ci de deux compagnons, l'un parlant français et l'autre italien et sera chargé d'une mission diplomatique auprès "des souverains très catholiques d'Espagne et du Portugal" et contrairement à son premier voyage, il tiendra un journal suivant son itinéraire qui le conduira en Suisse, France par la vallée du Rhone puis de Marselle à Narbonne puis Perpignan où, à cette époque il est déjà en Espagne, puis au Portugal avant de revenir en France par Roncevaux, Toulouse, Montauban, Cahors, Brive, Limoges, Poitiers, Orléans, Paris, Rouen et entrera en Belgique, à Bruges, par Arras et Lille puis il rentrera à Nuremberg en 1495 où il décèdera en 1508.
De son traité, les descriptions de jardins ou de cultures sont rares et ne sont notées que les terres fertiles. A Perpignan, cependant, l'auteur est reçu par un officier dont la demeure, située hors la ville près des murs, était absolument superbe: on aurait cru une forteresse ou un palais. Et au nord de la maison se trouvaient deux très grands jardins magnifiques, avec des allées et des promenades comme dans ceux des monastères allemands. Toutes les allées étaient couvertes de tonnelles de vigne variées, et l'ensemble était bordé d'arbres de toutes sortes. Ces jardins étaient de forme carrée, le premier long de 232 pas de côté, le second de 223. On voit donc quel espace occupaient ces deux jardins. Ils étaient plantés de tous les fruits qui peuvent pousser dans cette terre. En septembre, à l'époque à laquellle nous y étions, c'était la pleine saison des grenades, des oranges, du raisin, des figues, des amandes, des nèfles, des pêches et de bien d'autres encore. En vérité le visiteur empressé se croirait au paradis. On avait même construit, pour irriguer plus facilement la totalité des deux jardins, un aqueduc à partir de la rivière très plaisante qui longeait la propriété.
Après son périple en Espagne et au Portugal, il revient en France par Roncevaux, Toulouse et prend la direction du nord jusqu'à Tours ou il note qu'en vérité, toute la ville constitue un site paradisiaque, où abondent les jardins et toutes sortes d'endroits très plaisants... [...]
Après déjeuner nous sortimes de la cité en traversant la banlieue la plus étendue où nous vîmes quelques très belles villas dans des jardins, et enfin, au bout d'un long trajet nous arrivâmes au célèbre château du Roi. Sur le plan architectural, ce n'est pas un bâtiment très réussi, mais tout est subordonné à la mise en valeur des jardins. Le château comporte un véritable
parc de dimensions respectables, entouré d'un mur, dans lequel s'ébattent des daims, des cerfs, des lièvres, des lapins et toutes sortes d'autres animaux; on y trouve des bosquets, des vergers, des vignobles, bref c'est pour ainsi dire un paradis terrestre.
Enfin Paris sera la dernière ville où sera évoqué un jardin: au delà de ce bâtiment se trouve un très grand et très beau jardin... entouré d'un mur élevé et [qui] donne sur la Seine. Le Parlement et tout ce qui s'y rapporte comportent tant de cours, de places, de chapelles, de chambres, de cryptes, que l'on dirait un labyrinthe.
rancesco Petracca qui transforma son nom en Prétrarca, fut le premier auteur à se passionner pour les jardins. Il est considéré comme le premier humaniste.


Lors de sa correspondance, Pétrarque aime parler de son jardin:
J'ai un petit jardin qui réveille ma flamme éteinte en renouvelant les doux soupirs de ma vie passée. Là, les fleurs printanières émaillent le gazon; au cœ de l'été, quand le soleil est au plus haut, vous trouvez mille ombrages; l'automne vous fournit des fruits délicieux; en hiver le soleil vous réchauffe de ses rayons. Les doux chants des oiseaux, à l'ombre, et leurs riantes couleurs vous égayent. La reine des chantres des bois, Philomène, y fait entendre ses accords. Mais un petit oiseau la surpasse par son gosier harmonieux. Je l'ai souvent remarqué en le voyant se cacher dans l'ombre au haut d'un arbre touffu. C'est un oiseau de toute beauté; je ne saurais lui donner son vrai nom, peut-être le lui donnerez-vous en lisant son portrait. Il a la tête noire et les ailes vertes; il aime à s'ébattre sous les pampres; jamais petit corps n'a eu plus de souffle et n'a su mieux charmer les oreilles. +
A Lélius (Lello, di Petro Stefano) gentlilhomme romain
"Que dire de mon habitation?...J'ai acquis là deux jardins qui conviennent on ne peut mieux à mon goût et à mon plan de vie. Si j'essayais de les décrire, je n'en finirais pas. En somme, je doute que l'on trouve un tel site dans tout l'univers, .... J'appelle ordinairement l'un de ces jardins mon Hélicon transalpin, car situé dans un endroit élevé et garni d'ombrages, il n'est propre qu'à l'étude et il est consacré à notre Apollon. Il domine la source de la Sorgue et au delà, il n'y a que des rochers et des lieux non frayés accessibles seulement aux animaux sauvages et aux oiseaux. L'autre jardin, voisin de la maison, est plus agréable à l'œil et cher à Bacchus. Chose étonnante, il est situé au milieu de la rivière la plus rapide et la plus belle. Tout près de ce jardin s'élève une voûte séparée seulement par un petit pont du derrière de la maison.... C'est un lieu qui excite à l'étude, et j'imagine qu'il ressemble au petit portique où Cicéron avait coutume de déclamer...C'est donc sous cette voûte que je passe le milieu du jour; le matin, je me promène sur les collines; le soir dans les près et le jardin plus inculte près de la fontaine où l'art a vaincu la nature. Ce jardin est situé au haut d'un rocher et au milieu des eaux, dans un lieu étroit à la vérité mais plein d'ardents aiguillons, grâce auxquels mon esprit, tout paresseux qu'il est, peut s'élever aux plus sublimes méditations."
A Francesco Nelli, prieur de l'église des Saints-Apôtres à Florence.
L'aspect troublé de la ville et le doux amour d'une campagne charmante m'avaient poussé à visiter les eaux transparentes et la source admirable de la Sorgues, qui donne aux poètes un puissant aiguillon et au génie de vaillantes ailes. Là ou vous n'avez pas craint de rouler avec moi des pierres arrachées et d'amollir un champ des plus stériles, vous verriez maintenant un jardin émaillé de fleurs variées, la nature cédant au travail. Une partie est bordée par une rivière profonde et l'autre est entourée d'une montagne neigeuse aux roches escarpées dont les hauteurs s'opposent à l' Auster brûlant; c'est de là que se répand l'ombre vers le milieu du jour. Un côté nu ouvrirait un passage au tiède zépbir, mais un mur rustique l'en éloigne et barre l'accès aux troupeaux el aux hommes. Vous verriez les oiseaux aériens faisant leur nid à la cime des branches verdoyantes, les oiseaux fluvïatiles bâtissant le jour sur un écueil, les uns le tapissant de mousse, les autres de feuillage; la faible couvée s'agitant sous des ailes amies et prenant sa nourriture d'un bec tremblant. Les voûtes des grottes retentissent alors de chants harmonieux; d'un côté la couleur appelle les yeux, de l'autre le son attire les oreilles. Ces spectacles pleins d'un doux tumulte el le repos assaisonné d'un travail agréable calment l'esprit.
A Gulielmo di Pastrengo, légiste et humaniste véronais.
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- Usages, savoirs et représentations du monde végétal au Moyen Age - Cahier du Léopard d'or
- Entre image mentale et pays transfiguré - Presses universitaires de Rennes
- Les voyages du chevalier Jean de Mandeville - Citadelles & Mazenod
- 1494/1495 - Texte latin traduit par Anne Berthelot
- Armand Colin
- Cliges
- Le chevalier au lion
ou le roman d'Yvain - Le livre de poche- Lettres gothiques