Teodor Cedic- Juillet.

i beaucoup d'écrivains eurent de très beaux jardins, guère ne furent jardiniers, laissant à d'autres le soin de manier la bêche, plus lourde que la plume, eux-mêmes ne s'occupant que de leur aménagement. Ainsi de Cicéron à nos jours dont le premier eut à son service 500 employés et esclaves, ils nous décrivent leur jardin et nous font part du plaisir qu'ils ont à le contempler, des sensations qu'ils en retirent et quelquefois du dialogue qu'ils ont avec leur jardinier...
Cependant Michel Tournier aménagea lui-même le jardin de l'ancien presbytère qu'il acquit en 1962 et Pierre Moinot qui écrivait, en parlant de son grand-père: Comme lui j'aime la terre et le contact avec elle. J'aime bêcher, cultiver, tailler, greffer, soigner...
, ce qu'il le fit dans sa propriété de Salernes.
Michel de Montaigne, Montesquieu, Voltaire, Jean-Jacques Rousseau, Chateaubriand, Honoré de Balzac, Victor Hugo, Georges Sand, Alexandre Dumas, Frédéric Mistral, Emile Zola, Mallarmé, Anatole France, Pierre Loti, René Bazin, Edmond Rostand, Francis Jammes, Blasco Ibáñez, Marcel Proust, André Gide, Colette, Martin du Gard, François Mauriac, Paul Léautaud, Louis Aragon et Elsa Triolet, Marguerite Duras, Jules Roy, Didier Decoin et Madeleine Chapsal, tous eurent une passion pour leur jardin, qu'ils aménagèrent avec attention et selon leurs goûts.
Au XVIIIe siècle, Claude-Henri Watelet, artiste et homme de lettres français écrivit un "Essai sur les jardins
" qui parut en 1764 et qui présente les jardins de sa propriété le "Moulin-Joly" situé sur les bords de Seine à Colombes. Ceux-ci seront aménagés de façon pittoresque à la manière des jardins "anglo-chinois" à une époque où les jardins à la française étaient la norme.

Aidée par un jardinier et son aide, Georges Sand aimait jardiner comme elle le dit elle-même: "Je me livre au jardinage avec furie, par tous les temps, cinq heures par jour, avec Nini à côté de moi, piochant et brouettant aussi. Cela m'abrutit beaucoup, et la preuve c'est que, tout en bêchant et ratissant, je me mets à faire des vers. Les premiers que je livrerai à la publicité me sont venus à propos de ce pauvre cher Planet, je les ai faits tout en bêchant et pleurant."
"Echo de l'Indre" du 15 janvier 1854 cité dans Jardins d'écrivains.
Au printemps de 1992, lorsque l’armée serbe commence à pilonner la ville de Sarajevo, Teodor Ceric, alors étudiant en lettres, âgé de vingt-deux ans, contourne le blocus militaire et quitte son pays. Il voyage en Europe se faisant jardinier puis de retour dans sa patrie, il se consacre à sa dernière oeuvre: son jardin. "Jardins en temps de guerre" est l'ouvrage qui raconte son expérience jardiniere et en dernier lieu, nous dévoile son jardin, bien qu'il soit réticent à en parler. A une demande de nous raconter son jardin, il répond: Je suis désolé de devoir vous décevoir. Je ne peux rien écrire sur mon jardin.
Malgré tout, à la fin de ce dernier chapitre, il dira: Ce que je peux vous dire sur mon jardin, c'est qu'il n'a rien d'extraordinaire, surtout pour vous qui êtes habitué aux jardins de France, dont je connais bien le raffinement. A l'intérieur de ses murs, il y a des arbres, de l'herbe qui en ce moment, par-delà la fenêtre de mon bureau, se meut à peine dans la brise du soir d'été, des fleurs, des crapauds qui, tout à l'heure, se mettrons à coasser tous ensemble, faisant trembler la maison, réveillant dans ma poitrine un bonheur mais aussi un sentiment étrange comme un trouble, auxquels je ne m'habitue toujours pas.
Que dire d'autre?
Qu'il est un enfant de la nostalgie, certes, mais d'une nostalgie exempte de tout regret et qui ne vous enferme pas dans le passé. Qui, au contraire, vous amarre dans le présent, comme si vous étiez, que sais-je, un arbre, les racines bien enfoncées dans l'obsurité de la terre et la tête exposée aux quatre vents. Vous le savez sans doute: les jardins- tous les jardins, du parc de Versailles au plus petit potager de banlieue- naissent de l'amour le plus désespéré qui soit, l'amour pour une vie que l'on n'a pas connue mais qui nous est familière, chère comme une mère, et qui ne cesse jamais de nous appeler. D'où un désir qui, là, au milieu des plantes, s'apaise, ne brûle plus, devient, au contraire, une promesse.
Et comme n'importe quel jardin, le mien ne fait que passer. C'est la forme qu'aura prise le monde, pendant quelque temps, dans ce recoin obscur de l'Europe que quelques années de guerre ont dévasté. Il disparaîtra, comme tout ce qui a vécu et exprimé, un moment, le chant incessant de la terre, joyeux, souvent douloureux- oui cette musique... qui se poursuit, pendant que j'écris, au delà de ma fenêtre ouverte.
Il disparaîtra, mais pour l'instant il est là. Je le retrouve chaque matin, lorsque je sors de ma maison à l'aube et qu'immanquablement je m'arrête, ébahi devant tant de grâce qui apparaît pour moi, rien que pour moi, sortant des ténèbres. Je le regarde frémir comme une bête sauvage de la forêt qui, par je ne sais quel miracle, aurait consenti à se laisser domestiquer. Je me dis que, tapi dans le noir de la nuit, il attendait que je me réveille. Une illusion peut-être. Ou peut-être pas. Quoiqu'il en soit, le seul geste dont je suis capable alors, c'est éteindre ma cigarette et aller vite chercher mes outils de jardinage dans la remise.
Car s'il me reste fidèle, je dois lui être fidèle à mon tour, et l'aider à être encore plus beau, à manifester la splendeur du monde avec davantage de force, d'une voix encore plus claire. Comme si un jour cette voix pouvait devenir enfin la mienne.
N'est-ce pas là, dites-moi, la promesse du jardin? N'est-ce pas là l'espoir le plus secret de l'homme? Retourner à la terre, faire à nouveau corps avec elle, et parler enfin sa langue- non, être sa langue. Une note parmi d'autres dans cette musique sans début ni fin.
homas More, dans son roman "Utopia", nous dresse les plans des villes, toutes semblables, qu'il concut sur son île d'Utopie. Elles sont entourées de murailles garnies de tours et de forts.
Les rues et les places sont convenablement disposées, soit pour le transport, soit pour abriter contre le vent. Les édifices sont bâtis, confortablement; ils brillent d'élégance et de propreté, et forment deux rangs continus, suivant toute la longueur des rues, dont la largeur est de vingt pieds.
Derrière et entre les maisons se trouvent de vastes jardins. Chaque maison a une porte sur la rue et une porte sur le jardin. Ces deux portes s'ouvrent aisément d'un léger coup de main, et laissent entrer le prenier venu.
[...]
Les habitants des villes soignent leur jardin avec passion; ils y cultivent la vigne, les fruits, les fleurs et toutes sortes de plantes. Ils mettent à cette culture tant de science et de goût, que je n'ai jamais vu ailleurs plus de fertilité et d'abondance réunies à un coup d'oeil plus gracieux. Le plaisir n'est pas le seul mobile qui les excite au jardinage; il y a émulation entre les différents quartiers de la ville, qui luttent à l'envi à qui aura le jardin le mieux cultivé. Vraiment, l'on ne peut rien concevoir de plus agréable ni de plus utile aux citoyens que cette occupation. Le fondateur de l'empire l'avait bien compris, car il appliqua tous ses efforts à tourner les esprits vers cette direction.


ans son roman "Nouvelles de nulle part", William Morris endort son héros qui se retrouve dans un Londres transformé: J’étais de nouveau occupé à regarder autour de moi; nous étions tout à fait sortis du marché de Piccadilly, et nous nous trouvions dans un quartier de maisons élégamment construites et très ouvragées, que j’aurais appelées des villas, si elles avaient été laides et prétentieuses, ce qui était loin d’être le cas. Chaque maison se trouvait dans un jardin soigneusement cultivé et débordant de fleurs. Les merles y chantaient de leur mieux dans les arbres qui, sauf, ça et là, un laurier et quelques groupes de tilleuls, semblaient être tous des arbres fruitiers: il y avait beaucoup de cerisiers, à ce moment tout chargés de fruits et plusieurs fois en passant le long d’un jardin, des paniers de beaux fruits nous furent offerts par des enfants et des jeunes filles. Au milieu de tous ces jardins et de ces maisons, il était naturellement impossible de reconnaître la place des anciennes rues; mais il me sembla que les principales routes étaient les mêmes qu’autrefois.
Nous arrivâmes bientôt dans un espace largement ouvert, un peu en pente vers le sud, dont la situation ensoleillée avait été mise à profit pour la plantation d’un verger, composé surtout d’abricotiers, au milieu desquels se trouvait une jolie construction gaie, en bois, peinte et dorée, qui avait l’air d’une boutique de rafraîchissement. À partir du côté sud du dit verger courait une longue route, toute diaprée par l’ombre de vieux poiriers, au bout de laquelle se montrait la haute tour du palais du Parlement, ou Marché-au-Fumier.
[...]
J’ouvris de nouveau les yeux à la lumière du soleil, et je m’écriai, parmi les murmures du feuillage et les fleurs odorantes: Trafalgar Square!
![]() Olivier de Serres |
![]() Claude Mollet |
![]() Boyceau de la Baraudière |
![]() J.-B. de La Quintinie |
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![]() A. J. Dézallier d'Argenville |
![]() R. L. de Girardin |
![]() Paul de Lavenne |
![]() Edouard André |
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l'époque contemporaine, Gilles Clément, malgré ses diplômes d'ingénieur agronome et paysagiste, se déclare volontiers jardinier, titre qu'il semble préférer à tout autre. D'autres auteurs se passionnent pour l'art et l'histoire des jardins; citons Michel Barridon, Hervé Brunon, Jean-Pierre Le Dantec, Frank Lestringant, Marco Martella, Monique Mosser, Philippe Nys, etc... et combien d'autres qui nous enchantent par leurs écrits et leurs recherches, par livres et revues interposés. Beaucoup d'autres se sont spécialisés dans une époque particulière, Moyen-Age, Renaissance, grand siècle et jardins romantiques et nous font partager leur passion.
Je ne peux citer toutes celles et ceux qui écrivent sur les jardins potagers, leur conception, leur culture et leur entretien, les plantes, les arbres, leurs usages, leur mythologie et leur nécessité, la nature et sa protection, son rôle et son importance dans notre société qui semble nous couper de plus en plus d'où fut notre origine et de l'équilibre qu'elle assure au sein de celle-ci.
- Fonds Mercator;
- Actes Sud;
- traduit par Marco Martella- Actes Sud;
- Les nourritures- Les pommes sauvages;
- J'ai lu;
- France Loisirs;