Le Jardin, métaphore vivante de l’intériorité du poète. Lire
Gabrielle de Lassus Saint-Geniès.
Proverbe arabe.
Le retour des Muses- Oreste Solomos, poète et jardinier peu connu, recut le 1er octobre 1937, le prix de poésie de la ville d'Athènes. A cette occasion, il fait un discours où il évoque les muses des poètes anciens, le manque de sacré dans les temps modernes, donc moins de poésie, alors que la poésie vient de l'esprit qu'il faut cultiver pour apercevoir ses "lucioles". Il en vient à parler du jardinet qu'il élève sur sa terrasse puis du jardin de son père: ... peut-être parce qu'une brise douce et pleine de promesses, si rare dans le brûlant été new-yorkais, était entré dans le jardinet, lui donnant l'apparence d'un coin de campagne, comme si les immeubles tout autour avaient disparu ou s'étaient transformés en pics distants, inaccessibles et merveilleux.
Quoiqu'il en soit, je me suis mis à repenser au petit potager que cultivait mon père dans la maison du faubourg d'Athènes où nous vivions. Mon père, qui fut le premier à m'initier aux mystères de la poésie en me lisant les vers immortels de Sappho et d'Alcée.... Autour du jardinet, les enseignes lumineuses de la nuit étaient encore allumées sur les façades des immeubles, des voitures filaient rapidement, mais pour moi, comme je le disais, elles n'existaient plus. Tout autour de moi, les plantes semblaient retenir leur souffle à cause de la chaleur, mais je me suis rappelé que dans le jardin- même de Tompkins Square, étouffé par les gaz d'échappement de Manhattan- il y a quelque chose qui pousse à chaque instant. J'ai pensé à l'herbe qui sortait silencieusement de terre près de mes chaussures, aux bourgeons du printemps prochain qui apparaissaient déjà sur les branches des arbres, aux racines qui continuaient d'explorer, invisibles, les profondeurs.
J'ai aussi pensé que peut-être la seule chose sacrée qui nous reste est précisément ce mouvement invisible de l'herbe, des bourgeons et des racines. Sans parler du vent, car c'est le même vent qui ébouriffait la barbe de Zeus et passait sur le front de Platon. Le dernier art sacré que nous possédons serait donc celui du jardinier, qui travaille chaque jour avec l'herbe, les bourgeons, les racines et le vent. Par nature me suis-je dit (en repensant à mon père lorsqu'il observait pensivement ses plants de tomates, mais aussi au traité de jardinage d'un auteur islandais lu récemment, un certain Jorn de Précy), par nature le jardinier est confiant. Toujours inquiet mais confiant. Ses dieux s'appellent Soleil, Pluie, Vent. Parfois ils sont redoutables, parfois bienveillants, mais ils sont toujours autour de lui: dans le ciel ou dans le monde mystérieux du sous-sol.
Peut-être, me suis-je dit plus tard, tandis que je me levais du banc pour rentrer chez moi et que tout autour New-York était redevenu une ville bruyante, peut-être nous suffira-t-il de retourner au jardin pour retrouver les chemins de la poésie- ou de la vie. N'importe quel jardin. Un jour, quelque chose apparaîtra parmi les buissons de lauriers et les coquelicots. Une lueur incertaine, un petit nuage de pollen soulevé par le vent, doré comme dans les mythes et dans les contes de notre enfance. Dans l'air se feront entendre de nouveaux mots, peut-être une nouvelle langue, des bouts de récits, et apparaîtront en transparence des visages éthérés (mais combien sensuels et terribles!) éclairés par une lumière d'aurore. Alors le jardinier, c'est à dire le poète, posera ses outils et pensera: Elles sont revenues! Il se pincera le bras, craignant que ce ne soit qu'un rêve, mais se disant en même temps que c'est étrange, qu'il les avait imaginées différentes, les fameuses Muses! Plus extraordinaires et vêtues de gloire, pas couvertes de terre ni habillées de simple lierre et de baies. Et celle qui reviendra la première sera peut-être Calliope, la Muse du chant sacré. A ce moment-là notre poète saura qu'il est perdu. Le nuage d'or est entré en lui par les yeux, la peau ou les narines. Il n'est plus lui-même, ses sens brûlent- il est victime du ravissement divin, comme autrefois.
Alors, peut-être, tout recommencera.
Sous les oliviers- lire
Après sa mort, on retrouva sur son bureau, un poème inachevé:Poète se découvrant jardinier, Teodor Ceric se met à écrire un journal au cours de l'été 2015.
5 juillet- Si j'ai abandonné mes chimères poétiques pour ne me consacrer qu'au jardinage, n'était-ce pas parce qu'il me semblait qu'un jardin pouvait dire beaucoup plus et beaucoup mieux que le plus somptueux des vers? Qu'un petit verger de campagne bien tenu, agrémenté de chèvrefeuilles ou de rosiers montant dans les arbres, contenait plus de vie qu'un sonnet de Shakespeare? Et surtout parce que si un jardin se donne à voir et à entendre comme un poème, il se donne aussi à habiter. Il nous enveloppe, nous cajole comme aucun poème ne le fera jamais. [...]
Ainsi, j'ai recommencé à écrire en ce mois d'été parce que je n'ai rien d'autre à faire. Je fais un livre- même si un journal n'est pas à proprement parler un livre- pour remplacer le jardinage. D'autant plus que les différences entre un jardin et un livre sont peut-être négligeables. Dans les deux, "on ose y pénétrer qu'avoir laissé à la porte sa chair vulgaire, ses habitudes et ses réalités", disait Vernon Lee, jardinière et érudite anglaise d'une autre époque, qui aimait la littérature presque autant que ses fleurs.
En somme, je rêve maintenant d'un jardin fait de mots et non de plantes, où en suivant des sentiers qui s'ouvrent constamment devant ses pas, un lecteur se promènerait à travers les phrases. Le silence, dans un tel livre, ressemblerait à celui d'une blanche après-midi d'été, lorsque les cigales se taisent toutes ensemble, brusquement et sans raison. Et il y aurait toujours de l'ombre pour s'allonger lorsqu'on est fatigué, au milieu de fleurs minuscules qui ne se nourissent pas des sucs de la terre mais de rêves oisifs, de nostalgie et de fables. Comme le jardin qui m'entoure pendant que j'écris, ce livre serait capable de voyager dans le temps, accordé aux saisons, complice des énergies sacrées de la terre, il sentirait bon le thym et la paille chaude. Il serait petit et accueillant, puisque dans les espaces trop vastes on est toujours un peu perdu et que les beaux livres, comme les beaux jardins, nous font sentir accueillis. ... Mon jardin, je l'ai fait. Peut-être qu'un jour je ferais mon livre aussi, mon vrai livre.

a correspondance de R.M. Rilke avec mademoiselle de Bonstetten, en 1924 et 1926, permet d'éditer un recueil "Lettres autour d'un jardin", dans lequel le poète lui demande son aide pour aménager celui de Muzot, lieu de sa résidence, cette demoiselle ayant suivi des cours d'horticulture. lire
| Le livre de la Pauvreté et de la Mort (extrait) | |
|---|---|
| "Car il est des jardins - plantés par des monarques qui un moment s'y délassèrent avec de jeunes femmes qui à la musique étrange de leur rire mêlaient des fleurs. Elles animaient ces parcs las; murmuraient comme souffles en les buissons, étincelaient dans leurs fourrures et peluches, et les ruches soyeuses de leurs robes matinales comme un ruisseau bruissaient sur le gravier. Les jardins maintenant d'elles se souviennent - silencieux, distraits, ils se soumettent |
aux gammes claires du printemps étranger et brûlent lentement aux flammes de l'automne à travers l'immense rouille de leurs branches artistement forgée comme de mille monogrammes, dessinant, semble-t-il, de noires ferronneries. A travers les jardins resplendit le palais (tel un ciel pâle aux lueurs estompées) perdu comme en un rêve intérieur dans ses salles lourdes de portraits ternis, étranger à toute fête, un renonçant, silencieux et patient comme un hôte." |
|
Après trois ans (poèmes saturniens) Ayant poussé la porte étroite qui chancelle, Je me suis promené dans le petit jardin Qu’éclairait doucement le soleil du matin, Pailletant chaque fleur d’une humide étincelle. Rien n’a changé. J’ai tout revu : l’humble tonnelle De vigne folle avec les chaises de rotin… Le jet d’eau fait toujours son murmure argentin Et le vieux tremble sa plainte sempiternelle. Les roses comme avant palpitent ; comme avant, Les grands lys orgueilleux se balancent au vent, Chaque alouette qui va et vient m’est connue. Même j’ai retrouvé debout la Velléda, Dont le plâtre s’écaille au bout de l’avenue, – Grêle, parmi l’odeur fade du réséda. |
Ballade (Amour) Mon jardin fut doux et léger Tant qu'il fut mon humble richesse Mi-potager et mi-verger, Avec quelque fleur qui se dresse Couleur d'amour et d'allégresse, Et des oiseaux sur des rameaux, Et, du gazon pour la paresse. Mais rien ne valut mes ormeaux. Hélas ! quand il fallut changer De cieux et quitter ma liesse, Le verger et le potager Se partagèrent ma tristesse, Et la fleur couleur charmeresse, Et l'herbe, oreiller de mes maux, Et l'oiseau, surent ma détresse. Mais rien ne valut mes ormeaux. |
|
Que n’avons-nous connu vos caresses légères, Ô souffles embaumés de l’antique jardin, Ô brises de Cécrops, divines messagères, Vous qui tentiez jadis le poète latin! |
C’est de là que nos yeux, dans un calme sourire, Auraient pu voir au loin les erreurs des mortels, L’ambition, l’amour égaux en leur délire, Et l’inutile encens brûlé sur les autels. |

Rapportée par Diodore de Sicile et Quinte Curce, l'histoire d'Abdalonyme est ici contée par le poëte anglais William Mason dans son ouvrage en vers "Le jardin anglois" transcrit en français par un traducteur qui n'a pas laissé son nom.
Cette histoire est contée dans le second chant de ce recueil qui en comporte quatre.
Ah! pourquoi, quand la vie n'est qu'un songe, vouloir se mêler dans un sénat corrompu pour y combattre une hydre vénale, toujours renaissante de ses blessures? Ah! pour un si vain conflit, faut-il s'exiler de tes retraites champêtres! ô solitude céleste, où la connoissance & le contentement de soi-même attendent pour consoler ton ami. C'est ainsi que vivoit le sage Abdalonime, élevé sous des ombrages tranquilles, écoutant la voix de la raison, qui, inspirée par le murmure des arbres & le gazouillement des ruisseaux, donnoit des leçons rarement enseignées dans les académies. Quoique la tyrannie licencieuse régnât autour de lui; quoique Straton grand seulement par les trésors de la Perse, eût usurpé, sans y être appelé par le choix du peuple, le trône de ses ancêtres, son ame étoit paisible, le soin d'un jardin faisoit sa seule occupation , & ses charmes son seul orgueil.

Cependant les armes victorieuses de la Macédoine subjuguent la Perse. Maintenant le royaume de Phénicie reconnoît la puissance du fils d'Ammon: à sa menace, les Rois tributaires quittent leurs Etats, ou les conservent à sa volonté. Sidon, délivrée alors de son tyran, dirige les pas du vainqueur a la retraite de son souverain légitime, doublement cher par sa naissance & par sa vertu, au lieu où il tailloit les bosquets de son jardin.
C'étoit à l'heure du matin, où le soleil se cache encore derrière le voile épais du Liban; cependant il dardoit ses rayons à travers les cèdres qui couvrent ses coteaux, pour en éclairer le rivage, & teindre l'Océan d'une couleur pourprée; déjà le commerce voyoit les vaisseaux chargés des richesses de Sidon, flotter avec leurs pavillons & leurs voiles ployées dans un bassin d'or. Le vent étoit calme, & les vagues, bordées d'une écume argentée, s'élevant doucement sur les plages qu'elles sembloient embrasser, reposoient en silence. A cette heure paisible, le sénat de Sidon & l'armée Grecque, conduits par le vainqueur du Monde, s'approchèrent de l'asyle secret où s'étoit retiré le sage jardinier.
Le vainqueur arriva au pied de la montagne où s'élevoit un bosquet environné d'aloës aigus entrelacés de myrthes toujours verds qui en défendoient l'entrée, ouverte seulement par une petite porte dont l'arcade, couverte de lierre, & à moitié démolie par le temps, força à se baisser la troupe militaire. Un étroit sentier marquoit le passage, & conduisoit à une fontaine qui serpentoit près de son lit, sur des masses de rochers, où l'art rustique avoit aidé & non dessiné sa course. Le vallon étoit étroit & ombragé; cependant, bientôt les côteaux des forêts, se retirant dans l'enfoncement, laissoient apercevoir un gazon d'une grande circonférence, où la rivière, s'élargissant, rouloit rapidement ses eaux limpides sur un lit de cailloux, en formant d'agréables sinuosités: de la bordure fleurie de ce ruineau partoit le sentier secret, au milieu de touffes d'ambroisie & de plantes aromatiques qui versent des pleurs parfumées de myrre & de nard, que couronnoient la rose de Charron. Là, le palmier, l'arbre des Patriarches, rendoit en abondance ses trésors de dattes sucrées. La, le figuier, fier de sa vigueur en plein vent, & le riche Grenadier enveloppoient leurs graines dans une pulpe délicieuse, & le citronier, chargé de fruits dorés, étendoit ses branches luisantes; pendant que le gazon, sous ces ombrages épars, prolongeoit son niveau étendu; une sombre enfilade de cyprès masquoit les bornes éloignées de la perspective.
A gauche, un autre sentier montant conduifoit à une scène champêtre moins grande, mais ornée d'un feuillage plus majestueux. Ici, des cèdres, âgés comme la montagne même, déployoient leurs bras gigantesques, pendant qu'une nappe d'eau se précipitoit d'un rocher noir & escarpé, qui sembloit être le lieu de sa source (quoique cette source remontât jusques dans les neiges éternelles du Liban): de-là s'insinuant dans les veines de la terre poreuse, son poids crystallin forçoit son passage pour couler en liberté sur l'horizon. Un lit de marbre pour recevoir la Naïade, calmoit ses ondes, jusqu'à ce que, devenues plus tranquilles, elles s'elargissoient sur la surface de la riante prairie.
En face du lac s'élevoit une grotte sacrée, sur laquelle une ancienne vigne répandoit ses grappes vermeilles, & sous son toit s'élevoit un autel de roche brute: sur cet autel étoient entassés des gommes & des parfums d'Arabie; là, le sage Abdalonime allumoit le premier, avec un flambeau de lin, l'encens odorant. L'âge avoit jeté une poudre argentée sur ses cheveux bruns, qui annonçoit que la maturité de ses forces avoit passé son méridien; cependant leur vigueur n'étoit pas éteinte & le temps n'avoit pas encore effacé les roses de ses joues, ni imprimé ses sillons sur son front respectable. Son œil perçant n'avoit pas perdu la vivacité de sa jeunesse, & tous ses membres avoient conservé la vigueur que le travail demande & procure.
Le guerrier le vit & s'arrêta: un signe de sa main retint la foule à une distance respectueuse, où ils écoutèrent avec attention la prière du sage. "Père bienfaisant, s'écrioit-il, reçois les dons que ta créature te présente avec humilité; que ton sourire consacre son offrande ordinaire; que la main teinte du sang ensanglante tes autels; mais que cet innocent sacrifice soit le mien: s'il annonce un cœur reconnoissant, que peuvent faire de plus les hécatombes? Rien de plus, père bienfaifant; le faste, couvert de pourpre, peut invoquer ta présence dans un temple plus somptueux que cette simple grotte; mais ta présence sera-t-elle plus religieusement sentie? EIle ne le fera pas, Père bienfaisant c'est ici qu'un cœur prosterné, qui sent vivement ton approche, élève vers toi son humble prière; mais que peut-il demander, n'ayant nul besoin, sinon celui qui lui est accordé chaque jour par ta bonté? Cependant, Puissance éternelle, tous ceux qui t'appellent père, ressentent-ils autant de joie que moi de ta présence sacrée? Sidon tombe sous le fer de la tyrannie: Père bienfaisant, rends la liberté à ma malheureuse patrie!" Ici il soupire & s'arrête soudain; alors la foule attendrie murmura ses applaudissemens: il l'entendit, se retourna & vit le Roi de Macédoine s'élancer de sa phalange avec empressement.
Le vainqueur saisit une riche couronne que tenoit un jeune homme de sa suite, & de sa main triomphante la posa sur le front d'Abdalonime. Aussitôt les assistans mirent sur ses épaules le manteau royal, pendant que le son de la trompette le proclamoit Roi de Sidon. Le rage les regarda avec fierté, ou s'il sourit, ce fut un sourire de mépris, qui annonçoit son dédain pour la chimère fastueuse des honneurs: alors la voix du peuple répéta ses applaudissemens, & s'écria, soyez notre père. A ces mots, le fang honorable qui l'animoit, colora ses joues; son front se déploya, sa marche devint plus fière, & inclinant gracieusement sa tête, il se sentit véritablement le père de ce peuple. 0 Roi, s'écria le jeune fils d'Ammon, en regardant avec admiration son visage qui sembloit se ranimer, dis-moi, comment une ame telle que la tienne a-t-elle pu supporter le travail & l'indigence?
Ô ciel! répondit-il, accorde-moi la grâce de supporter de même le fardeau de la royauté. Mon travail étoit couronné par un bonheur inconnu aux Monarques; cependant, juste ciel! si tu transfères cette félicité à ma patrie, je triompherai de mes pertes. Que je porte seul les fers qui enchainent les Souverains, & que Sidon jouisse de tes dons les plus précieux, la paix & la liberté.
En 1797, René-Richard Castel publie "Les plantes" une longue série de poèmes lyriques très documentés scientifiquement. L’ouvrage est divisé en autant de Chants que de saisons.
Après un éloge de la nature, il nous invite, dès le printemps, à préparer la terre:
|
Quand les premiers zéphirs, de leurs tièdes haleines, Ont fondu les frimas qui blanchissoient les plaines, Quel oeil n'est pas sensible au riant appareil De l'herbe rajeunie et du bouton vermeil? [...] Dès l'aube du printems, que le travail commence. Semez, toujours semez; rien de beau sans semence. Préparez donc la terre, et d'une forte main, En appuyant du pied, enfoncez-y l'airain. Lorsque vous entendrez l'uniforme ramage De cet oiseau haï de l'hymen qu'il outrage, Si la pluie en trois nuits n'interrompt pas son cours, Les semences, dit-on, lèveront en trois jours. Choisissez une planche à l'abri de Borée, Et toujours à midi du soleil éclairée. Là, sous un peu de terre, heureux berceau des fleurs, D'une paille fumante enfermez les vapeurs. La semence, en ce lieu bientôt développée, Prend l'hiver pour l'été, par la chaleur trompée, Et sans crainte confie aux rayons caressans Sa tige frêle eneore et ses boutons naissans. Mais vous, veillez pour elle. A peine la nuit sombre Mêle aux couleurs du jour les premiers traits de l'ombre; D'un abri de cristal, muni d'un chaume épais, Durant ces mois douteux, offrez-lui les bienfaits. Car souvent, dans la nuit, de subites gelées Frappent d'un coup mortel les plantes désolées: Eole furieux souffle, siffle, frémit; La grêle en sautillant sur les toits retentit; On diroit qu'échappé des antres de Norvège, L'hiver revient armé de glaçons et de neige. Alors Progné frissonne, et rasant les maisons, En vain ouvre le bec et chasse aux moucherons, Dans leurs réduits étroits l'aquilon les enchaîne: Bientôt, près de tomber, elle voltige à peine, Accusant les zéphirs dont le souffle trompeur A pressé son retour et causé son malheur. Ainsi, sans votre appui, les élèves de Flore Tomberoient abattus à leur première aurore, Et du seuil de la vie enlevés sans retour, Iroient peupler les champs du ténébreux séjour. [...] Rien ne manque aux jardins, propreté, ni richesse. Chaque plante à son tour accomplit sa promesse. L'abeille, en bourdonnant, se coule dans leur sein; Le papillon doré, leur fait un doux larcin, Les quitte, les reprend, au hasard se promène, Et de son vol léger orne et remplit la scène. A ce peuple agréable, hôte innocent des fleurs, |
Faut-il voir succéder de cruels ravisseurs? Déjà rôde et frémit, dans l'enceinte alarmée, D'insectes, d'animaux une troupe affamée. Tout est de leur domaine; ils rongent à la fois Les tiges, la racine, et l'écorce, et le bois. A peine un arbrisseau , réparant leur morsure, D'une fibre nouvelle a couvert sa blessure, Que sur la cicatrice acharnés à l'instant, On les voit ravager son tissu renaissant. [...] N'attendez pas de moi que je dise en ces vers Les pièges, les réseaux et les appâts divers Qu'un art ingénieux emploie à les surprendre. Les oiseaux, mieux que l'art, sauront nous en défendre. Voyez-vous voltiger autour de ces buissons Le bouvreuil empourpré, les folâtres pinçons, La mésange au front noir, le verdier, la fauvette? Chacun d'eux à l'envi les poursuit ou les guette; Chacun en fait sa proie, et sous l'arbre voisin, Au bec de ses petits partage son butin. [...] Aimez donc les oiseaux. La fraîcheur des vallons, Le blé mobile et vert qui rit sur les sillons, Les grottes, les ruisseaux, seroient moins agréables Sans les chants et les jeux de ces hôtes aimables. Ils gardent les jardins. Le plus bel arbrisseau En devient plus touchant s'il porte leur berceau; Que je hais l'oiseleur dont la main mercenaire Arrache sans pitié les petits à leur mère! Ah! laissons-les plutôt croître dans nos bosquets, Laissons-les animer nos champs et nos forêts. Pourquoi les capturer? Nous ne saurions leur rendre Le bocage où leur voix aime à se faire entendre, Ni les plaines de l'air, ni les buissons heureux, Témoins de leurs plaisirs, confidens de leurs feux. Par leurs chants réveillé dans son modeste asile, L'amant des végétaux sort des murs de la ville, Et, parmi la rosée et les fleurs du matin, S'en va de la nature admirer le jardin. Quel éclat! quelle odeur! partout à son passage La terre lui présente une agréable image: L'or de la primevère embellit les coteaux; Narcisse encor penché se peint dans les ruisseaux; Et sous un buisson vert, sa demeure secrète, Un aimable parfum trahit la violette. Il perce des forêts la sombre profondeur, Des rochers escarpés il franchit la hauteur, Pour observer de près les plantes salutaires Que Vertumne y dérobe aux recherches vulgaires; Puis, content et chargé d'un butin précieux, Il regagne le soir son toit laborieux. |
Ensuite le poète évoque le naturaliste découvrant une plante inconnue puis ses promenades dans les forêts, les vertus médicinales des plantes et se plaint de l'indifférence des hommes vis-à-vis de la nature; il poursuit en évoquant les forces vivifiantes et vivantes de la flore, des oiseaux et du monde végétal. lire
Il termine son premier chant par le miracle de la fécondation des fleurs et de la vallisneria, par l'évocation des plantes exogènes et la récolte des dattes.
La seconde partie est consacrée à l'été, au soleil, aux eaux dont les plantes doivent s'abreuver, aux épices exotiques, aux insectes, aux fleurs dont il célèbre l'éclat à leur maturité: lire
L’automne est dédié aux produits de saison [lire] et l’hiver au travail dans la serre: lire
Chaque chant est suivi d’une nomenclature linnéenne des espèces évoquées et de pages d'explications de la raison de ses vers. L’ouvrage sera traduit en six langues dans toute l’Europe.
t bien sûr, jardin et jardinier inspirèrent de nombreux poétes et fabulistes:
- Antoine Vincent Arnault, L'arbre et le jardinier,
- Esope, D'un Jardinier et d'un Ours, qui servit La Fontaine,
- Jean-Pierre Claris de Florian fait appel aux jardiniers dans:
les deux jardiniers et
Le vieil arbre et le jardinier; (Cliquez sur les images à droite.)
- Ce ne fut pas les jardins de son hôtel particulier qui inspirèrent Jean de La Fontaine à écrire:
Le jardinier et son seigneur,
L'Ecolier, le Pédant, et le Maître d'un jardin et
L'ours et l'amateur de jardins;
- Antoine Houdar de La Motte écrivit La Ronce et le Jardinier,
- Victor Hugo, Dans le jardin,
- Federico Garcia Lorca, Ma mère me mène au jardin,
- Anna de Noailles, Le jardin et la maison,
- Henri de Régnier, Le jardin mouillé, et
- Antoine Vitallis, Le Jardinier et le Groseillier.
- traduit par Marco Martella- Les pommes sauvages;
- Arfuyen et Lettres autour d'un jardin
- La délirante
- traduit par Marco Martella- Les pommes sauvages;